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Patrick Peter

DÉCOUVREZ L’HISTOIRE CAPTIVANTE EN PDF

Qui dit compétitions de voitures historiques, dit Patrick Peter. L’organisateur de manifestations automobiles s’occupe des plus beaux évènements en France et en Europe. Au fil des années et grâce à une incroyable pugnacité, le Français est devenu le plus grand organisateur européen d’événements automobiles classiques et le label «Peter Auto» est devenu une marque d’excellence.

Ce moral inoxydable lui a permis d’avoir, de tout temps, quelques longueurs d’avance sur ses concurrents : Tour de France Auto, Pau Historique, Ronde du Ventoux, Classic Endurance Racing, Spa Classic, Dix Mille Tours, tout cela, c’est lui. Mais de l’avis de tous, son plus beau succès reste Le Mans Classic. Il fallait un gros enthousiasme, une certaine témérité, un soupçon d’inconscience et une capacité financière pour faire venir au bas mot 400 à 500 voitures de course des quatre coins du monde (et le double de pilotes, afin de constituer des équipages), ainsi que quelques milliers d’autres autos en exposition dans les paddocks. Au bout de cette folie, Le Mans Classic est devenu la plus grande course historique du monde, tout simplement. Dans cet entretien accordé à Gentlemen Drivers, ce grand nom de la compétition automobile classique revient sur son parcours, ses heures de gloire, ainsi que sur les avatars qui ont parfois freiné ses avancées.

Avez-vous attrapé le virus de la passion de l’automobile dès votre enfance?

Dans mon cas, parler de véritable passion pour l’automobile pendant mon enfance serait un peu fort. Je parlerais plutôt d’un intérêt pour l’automobile à l’instar de tous les enfants de ma génération. A cet âge, l’automobile représente quelque chose d’extraordinaire et de très attractif. Et même si j’étais un peu précoce en restaurant ma première voiture (une Peugeot 201 offerte par un voisin) vers l’âge de quatorze ans, jamais je n’avais envisagé de faire carrière dans l’automobile. Ce qui me taraudait l’esprit pendant mon enfance et jusqu’à la vingtaine, c’était plutôt la voile, à laquelle je vouais une grande passion et que j’ai longtemps pratiquée.

Quelle a été votre première voiture ?

La Peugeot 201 que j’ai eu le plaisir de restaurer et qui m’a permis de mettre le pied à l’étrier dans ce domaine. Puis j’ai fait l’acquisition d’une Fiat 128, mais qui était dans un état déplorable. Ensuite, ma première belle voiture fut une BMW 2002 Ti.

Qu’est-ce qui vous a poussé à vous intéresser à la voiture de collection ?

L’intérêt pour la voiture de collection était le fruit d’un pur hasard. En effet, nous avons été contactés en 1983 par l’ASAVE (Association automobile des véhicules d’époque), afin de les accompagner dans la prospection d’annonceurs pour les Coupes de l’Âge d’Or, qui se déroulaient alors sur le circuit de Montlhéry. À l’époque, ma société, Peter & Associés était spécialisée dans les RP. Pour nous, c’était la découverte d’une toute nouvelle activité, qui nous obligeait à une adaptation de notre savoir-faire. Notre démarche a consisté à persuader l’ASAVE de la nécessité d’opérer des changements, pour drainer des partenaires. Ces changements d’organisation et de cap se sont révélés payants, puisque deux ou trois ans plus tard, nous avons réussi à attirer LANVIN, qui est devenu le partenaire principal de l’évènement, rebaptisé Grand Prix de l’Age d’Or Lanvin. Et ce ne fut que le début, Puisque d’autres partenaires prestigieux ont suivi. Le résultat des courses a été que, l’événement s’est hissé au rang de la deuxième plus importante manifestation du genre en Europe, après le Oldtimer Grand Prix au Nürburgring, à la fin des années 80.

Comment faisiez-vous pour dénicher vos voitures ?

Je tiens à clarifier une chose d’emblée. Je ne suis pas un féru des voitures classiques. Donc, pour moi la période, la marque et le modèle importent peu. Je ne me considère pas comme un collectionneur et je ne vais donc pas chercher une voiture en particulier. Je fonctionne plutôt au coup de coeur. Cela peut se produire lors d’une vente aux enchères, de bouche à oreille…

Comment procédiez-vous à la restauration de vos voitures ? Le faisiez-vous par vous-même ou avec l’aide de professionnels ?

Comme je l’ai souligné précédemment, ma première expérience remonte à l’époque où un voisin m’avait offert une Peugeot 201. Quoiqu’elle fût imparfaite, elle m’a permis d’apprendre à mieux connaître les rouages d’une voiture et de maîtriser son fonctionnement. Personnellement, j’apprécie la mécanique, mais faute de temps, je n ai pas pu en approfondir la connaissance et je le regrette aujourd’hui.

Comment a émergé l’idée d’ouvrir «Peter Auto» ?

L’idée de créer Peter Auto a éclos en 1993, juste après avoir lancé le Tour Auto en 1992. La réussite de l’évènement dès sa première année nous a encouragés à développer une activité automobile à part entière, dans le cadre d’une nouvelle société, baptisée Peter Auto.

Le passage de la voiture de collection à l’organisation d’événements tels que le Tour Auto ou le Mans Classic était-t-il naturel ?

Oui, je peux dire que la transition était on ne peut plus fluide. Lorsque nous avons arrêté le Grand Prix de l’Age d’Or, nous cherchions à créer un évènement de belle envergure. C’est à ce moment-là que l’idée a germé et nous avons créé le Tour Auto.

Faire revivre des monuments tels que le Tour Auto, était-ce évident ?

Quand nous avons relancé le Tour Auto il y a 20 ans, il fallait bien aller chercher les concurrents. C’est un travail qui s’est fait petit à petit. Ensuite, la notoriété de l’épreuve a fait qu’il y a eu de la demande spontanée.

Quelles sont aujourd’hui les caractéristiques du Tour Auto ?

Nous avons su rester une véritable épreuve sportive, que chacun peut vivre à son rythme. Le Tour est resté fidèle à sa tradition, plus que centenaire, tout en ayant su évoluer avec son époque. Ainsi, nous nous sommes mis au goût du jour en installant nos propres contrôles radars aux endroits que nous jugeons dangereux, la plupart du temps situés en ville. Les contrevenants récolteront de lourdes pénalités !

Parlez-nous de votre aventure avec la course de Pau…

Je suis arrivé dans le paysage palois en 2010, au moment de la pause de l’événement, lorsque la maire Martine Lignières-Cassou avait estimé qu’il fallait trouver une nouvelle formule à cette institution paloise. On m’avait donc choisi pour relancer la manifestation. C’est ce que j’ai fait, en créant deux week-ends événement (l’historique et le classique), en assurant le retour des monoplaces et en ajoutant une innovation qui depuis a fait son chemin, à savoir le Grand Prix électrique.

Et quelle est la nouveauté pour le Mans Classic 2016 ?

Déjà riche de quatre plateaux de courses historiques remarquables Classic Endurance Racing, Sixties’ Endurance, Trofeo Nastro Rosso et Heritage Touring Cup l’univers de Peter Auto s’élargit avec l’arrivée du Group C Racing en 2016. Jusqu’alors invités ponctuellement sur certains évènements comme Spa- Classic ou les Dix Mille Tours, les sport-prototypes des années 80 trouveront désormais leur place sur chacun des circuits au calendrier. L’association Group C Racing et Peter Auto ayant décidé d’unir leurs forces avec l’objectif commun de former une grille de 25 voitures sur les tracés européens parmi lesquels celui des 24 Heures du Mans, à l’occasion du Mans Classic.

Quelle évolution a connu le Mans Series depuis 2012 ?

Lancé en 2002, Le Mans Series s’est transformé au bout de huit ans en Championnat du monde d’endurance. La série a grandi au fur et à mesure des saisons. Puis, l’an dernier fut une année de transition, avec la juxtaposition de Le Mans Series et de l’ILMC (Intercontinental Le Mans Cup). J’aurais tendance à dire que 2012 s’est annoncée comme une nouvelle année de transition importante. En effet, il s’agit de la première année avec, d’une part, le Championnat du monde d’endurance FIA et, d’autre part, l’European Le Mans Series, qui a clairement vocation à devenir l’équivalent de la 2e ligue, comme au football et qui s’inscrit comme la filière naturelle pour accéder au Championnat du monde d’endurance FIA et aux 24 Heures du Mans.

Quels sont les obstacles que vous rencontrez dans l’exercice de votre métier ?

Autres temps, autres moeurs. Le changement qu’a connu le monde des courses des voitures classiques est à l’image de la transformation qu’a connue notre société durant ces dernières décennies. Le changement s’est d’abord concrétisé au niveau de la réglementation des rallyes, qui est devenue de plus en plus compliquée et contraignante. Ainsi, les cinq pages d’autorisation nécessaires il y a 25 ans sont devenues l’équivalant de trois classeurs aujourd’hui. La réglementation de la circulation et la réglementation sportive sont également de plus en plus encadrées et complexes. D’autre part, le degré d’exigence des participants est de plus en plus élevé. Nous en sommes en grande partie responsables, car nous sommes certainement ceux qui ont le plus professionnalisé le système et cherché à perfectionner le service proposé aux concurrents. Du fait de l’augmentation constante de la valeur des voitures qui s’engagent dans nos évènements, la clientèle a également changé. Les passionnés, qui venaient courir avec leur boîte à outils et leur sandwich, ont été remplacés par d’autres, qui se déplacent désormais avec un camion atelier et quatre mécaniciens et réclament une organisation de l’évènement irréprochable. Et parfois, cela dépasse les limites !

Quel est à votre avis l’intérêt de ce genre d’événements ? Et y a-t- il beaucoup de passionnés qui s’y intéressent ?

Derrière notre obstination à organiser des évènements d’ampleur, l’enjeu est de pouvoir accueillir le plus grand nombre de belles voitures. Nous avons compris très tôt que plus le nombre de voitures prestigieuses augmente, plus le public est nombreux à se bousculer au portillon. C’est la raison pour laquelle nous n’avons de cesse de trouver de nouvelles autos, des nouveaux thèmes et de nouvelles animations, afin de satisfaire les passionnés. Notre but est de faire en sorte d’améliorer nos évènements tous les ans. À titre d’exemple, ce sont 110.000 spectateurs qui étaient présents à l’occasion de la dernière édition du Mans Classic en 2014. Ce qui en fait le deuxième évènement de sport automobile en France en termes d’affluence, après les 24 Heures du Mans.

Que représente finalement pour vous l’organisation de courses de voitures classiques ?

Qu’elle soit historique ou moderne, la course automobile voit très souvent la passion l’emporter sur la raison. J’ai essayé de concilier les deux et surtout de travailler en y prenant plaisir. La recette du succès est en fait assez simple : un maximum d’idées et de l’enthousiasme, le sens du service, beaucoup de travail, du sérieux dans son accomplissement ; sans oublier le principal, une excellente équipe… Je suis heureux de voir qu’en plus de trente années, Peter Auto s’est forgé une place de choix dans le monde de la compétition automobile. J’ai été amusé d’entendre de la bouche de l’un de mes fils, qui était à l’époque un petit garçon: «Ce monsieur m’a dit que j’avais beaucoup de chance d’avoir un papa marchand de rêve».

Que pensez-vous de ceux qui parlant d’une crise de la compétition automobile historique ?

Les plateaux des compétitions historiques sont toujours aussi fournis, année après année. Les épreuves organisées pour les gloires du passé se multiplient : Le Mans, Pau, Angoulême, Montlhéry, Spa, Monza, Silverstone. Pour les propriétaires de voitures de course rétro, il est possible d’arpenter les pistes des exploits passés. Lorsque nous avons commencé, il y a 30 ans, on nous voyait un peu comme des iconoclastes. Le succès des épreuves historiques s’explique notamment parce que les voitures anciennes coûtent moins cher à faire rouler. Il n’y a pas besoin d’une équipe de mécaniciens pour s’en occuper. Les gens qui font de l’historique ne se sentent pas dévalorisés s’ils n’ont pas un super motorhome, comme le premier gamin qui démarre en moderne le fait. C’est un des travers, à mon avis, du monde de la compétition moderne actuellement, de vouloir faire comme la F1, sans en avoir les moyens.

Qu’est ce qui explique le succès des courses historiques ?

En plus de la passion, l’autre argument qui explique le succès des courses historiques est à chercher sur le plan financier… L’automobile est plus que jamais un investissement ! Si vous achetez une voiture moderne, il faut 2, 3 voire 4 saisons pour l’amortir, tandis qu’avec une historique, après une saison vous retrouvez à peu près, et si vous êtes chanceux un peu plus, la valeur de la voiture que vous avez achetée. Cela ne coûte en réalité que l’entretien.

Les voitures des générations 90 et 2000 peuventelles rouler à l’occasion de compétitions historiques ?

Pas si simple, à cause de l’électronique et des moyens humains et techniques nécessaires. Nous avons eu un premier aperçu à l’occasion des Dix Mille Tours du Castellet 2013. Nous avons invité les voitures du BPR à venir rouler. F40 LM, Venturi, McLaren F1 GTR… C’était le début de l’électronique et ces voitures sont un peu complexes à faire rouler. Le problème avec cette génération, c’est le manque d’autos en piste.

Que pensez-vous du Rallye Classic du Maroc ?

Hélas, je ne connais pas assez bien cet évènement pour en parler.

Quels sont les modèles de collection qui vous fascinent le plus ?

Si je devais choisir deux modèles, ce serait l’Alfa Romeo 8C et la Ferrari 250 SWB.

Parlez-nous de votre collection personnelle ?

Comme déjà indiqué auparavant, je ne me considère pas comme un collectionneur. J’ai quelques voitures, mais cela ne fait pas de moi pour autant un collectionneur. Je fonctionne au coup de coeur. Je peux acheter un petit bus Daimler comme une AC Bristol. Il y a des voitures que l’on garde et d’autres pas. J’ai eu des Aston Martin que je trouvais magnifiques, mais pas forcément très amusantes à conduire. J’avais une AC Cobra et une AC Bristol, mais contrairement à ce que tout le monde pense j’ai préféré garder la Bristol, plus fine et plus agréable à conduire. C’est une voiture que je garde, au même titre que la Jaguar Mk II ex-Jack Sears, qui est une vraie Tour de France. Pour le reste, j’aime changer…

Quelles voitures utilisez-vous au quotidien ?

Pour la ville, je conduis une Smart, car c’est la voiture la plus pratique dans Paris. Quand je quitte la capitale, je prends mon Range Rover.

J’utilise de moins en moins les voitures modernes pour effectuer de longs trajets, en raison de la répression routière. C’est là que la voiture ancienne présente tout son intérêt pour aller se balader et prendre du plaisir sur des petites routes.

Quels sont vos hobbies ?

La voiture, les bateaux et les chevaux.

 

Nissan GTR Ultime tour de piste

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C’est le baroud d’honneur pour la plus puissante des Nissan, qui après presque 10 ans de bons et loyaux services, devrait passer prochainement le témoin à un nouveau modèle. En attendant, pour son dernier restylage, la GTR subit les modifications les plus profondes depuis son lancement.

Audi R8 V10 Plus Cure aux anabolisants

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L’ancienne Audi R8 était déjà une sportive accomplie, mais la nouvelle dans sa version la plus méchante, la V10 Plus, fait reculer davantage les limites de la performance et de l’efficacité, au point de titiller les meilleurs supercars du moment. Dans la foulée, la sportive aux anneaux se repoudre le nez, histoire de s’inscrire dans le sillage de la nouvelle identité stylistique de la marque.

Moto Nouveautés : BMW S 1000 RR

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Entièrement remaniée, la BMW S 1000 RR passe encore un nouveau palier. Cette BMW version «2.0» est une réussite ! Équipée de l’option mode de pilotage, la RR se rapproche réellement d’une machine de Superbike.

Cigare : HOYO DE MONTEREY Hermanos N°4 anejados

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Mise sur le marché en 2015, la gamme Anejados s’étoffe d’un nouveau cigare venu. Produit par Hoyo de Monterrey, cet Hermosos No.4 a eu le temps de vieillir entre 5 et 8 ans dans les caves d’Habanos, avant sa mise sur le marché.

Art : Rob Ijbema

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28 mai 1961 ( Amsterdam )

Art Passionné par l’art, les voitures et les courses automobiles, il aime dessiner ce monde exaltant.

BMW VISION NEXT 100

TOTALEMENT AUTONOME – BMW VISION NEXT 100

Pour son centenaire, BMW a mis les petits plats dans les grands, en sortant de sa besace un concept très futuriste, qui en dit long sur ses ambitions pour les prochaines années. À y voir de plus près, il semblerait que c’est la conduite autonome qui constituera son cheval de bataille.

Jaguar F-pace : Sky is the limit

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Jaguar a clairement annoncé ses intentions et donné le ton à ses concurrents, en offrant à son modèle ultime, le Jaguar F Pace, des lancements à la hauteur de ses ambitions. Mais sans conteste, la présentation au Moyen-Orient et plus précisément à Dubaï, restera dans les annales. Nous avons eu la chance d’y assister et de profiter d’un spectacle unique et qui marquera un avant et un après dans l’histoire de la marque, certes, mais également dans celle de l’automobile en général.

MASERATI LEVANTE : Une tempête s’annonce

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lancement du Maserati Levante se sont rendus compte, que l’attente en a bien valu la peine. Le nouveau SUV de la marque au trident n’est bien évidemment pas passé inaperçu lors du dernier Salon de Genève, où il a dévoilé ses lignes. Alors que les plans de lancement d’un SUV Maserati datent d’il y a plus de 10 ans, c’est réellement en 2011, au moment de la présentation du concept Kubang, au Salon de Francfort, que la marque a confirmé ses intentions.

Karim Habib

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D’une voix posée, sans détour, Karim Habib, le directeur du design BMW, raconte ses débuts avec l’automobile. C’est une relation viscérale, qui s’est nourrie à la base d’une passion pour le design. Jouissant d’un véritable don, Habib va écumer les meilleures écoles de design, en Suisse et aux États-Unis et montrer très tôt ses prouesses, qui vont taper dans l’oeil des responsables de la marque à l’hélice.

C’est à Munich qu’il va se forger un nom dans le monde du design automobile, en prenant en charge avec succès des projets structurants pour la firme bavaroise. S’il a un temps cédé aux sirènes de la marque à l’étoile, il va finir par revenir rapidement au bercail. Ce retour triomphant va lui donner ses lettres de noblesse, à travers sa nomination au poste de directeur du design. C’est une reconnaissance du talent de ce Libano-Canadien, qui a réussi à réinventer avec succès le style de BMW. D’ailleurs, la firme bavaroise a souligné officiellement son «impact important» sur le design de BMW depuis plusieurs années, ainsi que son «instinct subtil pour l’élégance et la dynamique». Dans cet entretien accordé au Magazine Gentlemen Drivers, Karim Habib, égrène les différentes étapes de son brillant parcours, présente ses dernières créations et nous éclaire sur les enjeux futurs du design BMW.

Comment avez-vous attrapé le virus de la passion automobile ?

Dès le déclenchement de la guerre du Liban, ma famille s’est réfugiée en Iran. Trois ans plus tard, la destitution du shah nous a obligés une nouvelle fois à plier bagages, direction la Grèce. Puis nous nous sommes installés au Canada, un pays où les immigrés peuvent retrouver de vraies racines. C’est à Montréal que mon avenir professionnel va se dessiner. Quand j’étais enfant, je dessinais beaucoup des voitures, des meubles, des radiateurs. Des choses que je voulais changer autour de moi. À l’âge de 11 ans, j’ai conçu ma marque !!!

À 13 ans, je rencontre le champion d’escrime quebécois Jean-Marc Chouinard, au collège Stanislas, qui m’embarque dans une première aventure initiatrice. Je consacre tout mon temps libre à tirer à l’épée. Plus qu’un sport de combat, l’escrime est une merveilleuse école de développement du sens tactique.

En 1989, je participe au championnat du monde juniors. L’escrime était ma vie. Je rêvais d’aller aux Jeux olympiques et de suivre les traces de Jean-Marc. À la même époque, j’étais inscrit à l’Université McGill, en génie mécanique. Mon passage à Montréal m’a influencé dans le sens d’une plus grande ouverture d’esprit. Montréal est une ville très cosmopolite, ce qui est également le cas de plusieurs autres grandes villes canadiennes, mais Montréal est un endroit où il existe une grande curiosité sur toutes sortes de sujets… Et lorsque l’on grandit dans un endroit qui éveille la curiosité, c’est très inspirant. Et il y a aussi peut-être le fait que la place des artistes est bien établie dans la société au Canada en général et au Québec en particulier. Ma mère est également pour quelque chose dans mon ouverture d’esprit. Maman était professeur de littérature française et de géographie. Je suis imprégné de culture française, je n’ai fréquenté que des écoles françaises. J’ai même passé une année à l’internat de l’école France-Afrique de Dormans, en Champagne.

À quel moment avez vous décidé de vous orienter vers le design automobile ?

Après avoir tergiversé, j’ai décidé de renoncer à mon épée et à ma tenue de sport blanche, pour terminer mes études. Mes parents voulaient que je poursuive mes études. Je pense que si cela avait été le football, ils auraient changé d’avis (rires….). J’ai fait un bac D en mathématiques et biologie. J’étais intéressé à la fois par l’ingénierie, l’architecture, le design. Je n’étais pas sûr de ce que je voulais faire plus tard. Finalement, j’ai opté pour le génie mécanique. Diplôme en poche, j’ai rendu visite à ma soeur en Allemagne et croisé l’un de ses amis, : qui m’a suggèré de poursuivre mon cursus à l’Art Center College of Design, à Vevey en Suisse. Là, j’ai été conquis sur le champ, en découvrant les modèles, les dessins… Je mes suis dit : «C’est pour moi».

Ma scolarité m’a entraîné ensuite pendant trois ans et demi à Los Angeles, où j’ai eu la chance d’étudier dans la prestigieuse école de design de Pasadena. J’ai adoré cette période. Le processus de création des formes me fascinait ; le travail sur l’argile. Donner naissance à un objet animé, ancré dans une certaine réalité, comme la voiture, me captivait. Au début, je n’étais pas un excellent dessinateur, mais on apprend de ses erreurs. J’ai beaucoup utilisé la gomme. J’ai fini par avoir une révélation en superposant les feuilles. Cela m’a permis de progresser. La grande école, c’était Pasadena et c’est également la plus vieille école de design, puisque sa création remonte aux années 30. La grande force de cette école est le dessin. Mais, il faut d’abord terminer le cursus avant de passer à la pratique. En Europe, c’est différent, puisque le cursus offre la part belle à la pratique. Au Royal College de Londres, il y a beaucoup de créativité, c’est beaucoup plus conceptuel. Comment s’est opéré ton passage chez BMW ? J’ai fait mon projet de l’avant-dernier semestre sur BMW et j’étais encadré par des professeurs qui étaient des designers chez BMW Californie. Je me rappelle de ces professeurs comme étant des professionnels hyper créatifs et hyper ouverts. Lors de ma graduation, il y avait Chris Bangle, qui devait faire un discours, je lui ai montré mon travail et il m’a invité à venir à Munich pour présenter mon portfolio. C’est ainsi que BMW m’a engagé en 1998. J’avais à l’époque 28 ans. J’ai eu la chance d’avoir comme premier projet la conception de l’intérieur de la Série 5. Mon travail a été apprécié et ce projet m’a permis d’acquérir rapidement de l’expérience et m’a aidé à apprendre l’allemand.

Quels rapports aviez-vous avec Chris Bangle ?

J’admire Chris Bangle, c’est un vrai professionnel et en outre, il protège bien son équipe. Au moment où les critiques fusaient de toutes parts à propos du design de la Série 7, il a assumé toute la responsabilité.

Par la suite, vous avez fait un détour chez Mercedes… Pourquoi ?

En 2009, j’ai atterri chez Mercedes. Pour moi c’était un passage intéressant. À ce moment là, je venais de boucler mes dix ans chez BMW. La série 7 venait de sortir et je venais de terminer la réalisation du concept CS, une étude de coupé quatre portes dévoilée au Salon de Shanghaï en 2007. Gordon Wagner (chef du design de Mercedes-Benz Style) m’a contacté. C’était un jeune qui voulait refaire la marque. Pour moi, c’était un challenge de faire partie d’une équipe jeune, qui apportait du sang neuf à la marque à l’étoile. Je me suis notamment chargé de la définition du style des futures Smart. J’ai également travaillé sur les modèles de la série F, comme le F700 ou le F800. Je me rappelle très bien du jour où j’ai pris la décision de rejoindre Mercedes. Je marchais dans le studio, je disais bonjour à tout le monde, tout était hyper facile…

Je me suis dit que je pouvais faire ici une belle carrière, mais ce n’était peut-être pas la meilleure des choses. Il fallait que je me lance un défi, que je me mette mal à l’aise pour voir si j’étais capable de m’adapter ou pas. J’ai beaucoup apprécié les deux années passées là-bas (mars 2009-mars 2011).

Puis vous avez réintégré BMW…

Adrian van Hooydonk (Ndlr directeur du design du Groupe BMW) m’a passé un coup de fil et m’a demandé de réintégrer BMW, en tant que responsable du design extérieur. Je n’ai pas hésité une seule seconde, car c’était une offre qui ne se refusait pas. En mars 2011, j’ai pris mes nouvelles fonctions. À ce titre, j’ai supervisé le renouvellement de l’extérieur de la Série 3 de 2012. En mai 2012, j’ai bénéficié d’une nouvelle promotion en tant que directeur du département du style intérieur et extérieur de BMW. Même si c’était un rêve d’adolescence qui se concrétisait, je me suis octroyé quelques semaines de réflexion avant de me décider. En fait, j’étais vraiment ravi de revenir à la marque BMW et d’avoir la possibilité d’aider à façonner l’avenir de BMW dans le cadre d’une équipe exceptionnelle.

Que représente pour vous le concept BMW 3.0 CSL Hommage ?

Ce projet me tenait beaucoup à coeur. La 3.0 CSL est une icône pour la marque bavaroise et la mère de toute la famille des sportives. À chaque fois, il y avait un autre projet qui remettait à plus tard sa réalisation. Il y a deux ans, c’était le coupé BMW Lusso, imaginé avec Pininfarina et l’année dernière, nous avons présenté la MINI Supperleggera Touring. Le profil arrière est ma partie préférée. Mon souhait n’était pas de copier le coupé mythique des années 70. Donc, on a fait en sorte de reprendre bon nombre de caractéristiques de l’aïeule, sans pour autant les copier, pour que les gens puissent détecter d’emblée la filiation.

Et la nouvelle BMW Série 7 ?

Dessiner la BMW Série 7 est bien sûr quelque chose de très spécial, c’est le vaisseau amiral de BMW. C’est la voiture la plus sportive de son segment, elle doit être dynamique et athlétique, elle doit proposer une conduite précise. Mais d’un autre côté, c’est notre modèle le plus haut de gamme, le plus cher aussi. Il est donc important qu’elle dégage beaucoup de stature, de présence. Elle doit dégager une sorte de force tranquille. La Série 7 reçoit les proportions typiques d’une BMW : un porte à faux avant court, un capot très long et une ligne de toit rejoignant de la manière la plus élégante possible la malle de coffre. Il y a aussi la calandre, qui joue un rôle important. Elle est ici très large et imposante.

Selon vous, cette nouvelle génération va-t-elle inspirer les prochaines productions de la marque ?

En tant que vaisseau amiral de la marque, la Série 7 étrenne évidemment beaucoup d’éléments, qui se retrouveront par la suite sur d’autres modèles de la gamme. Comme les lignes tendues, précises, la large calandre, les surfaces généreuses et sensuelles. Par exemple, la planche de bord orientée vers le conducteur est dans l’ADN de la marque. Nous savons combiner cette philosophie sportive, avec un haut niveau de qualité, de finesse et de raffinement. Avec la nouvelle Série 7, nous établissons de nouveaux standards, qui se retrouveront dans un avenir proche sur nos autres modèles.

Que pensez-vous du design automobile aujourd’hui ?

Je pense que nous vivons une période fascinante, parce qu’il y a énormément de défis. Il y a des défis technologiques, notamment l’aérodynamique, la consommation, la conduite automatisée… Surtout pour une marque comme BMW. Il y a également un volet social, puisque la position de l’automobile dans la société occidentale est en train de changer rapidement. Pour beaucoup de jeunes dans de nombreux pays, posséder une voiture n’est plus un grand rêve. Mais paradoxalement, l’attente de ce que peut faire une automobile est de plus en plus élevée !:Autant, il y a vingt ans, l’automobile était un objet de plaisir, autant, aujourd’hui elle l’est moins, mais l’exigence de la qualité est plus prononcée. C’est une dichotomie assez fascinante !

Que représente l’électrique dans l’avenir de BMW ?

Pour BMW, c’est très clair. Il y a la gamme «I», qui repose sur «l’Efficient Dynamics». En d’autres termes, on ne lésine pas sur la performance, mais l’efficacité en termes de rendement et d’émissions est mise en avant. Les I3 et I8 en sont les exemples typiques. Mais d’un autre côté, nous pouvons produire une série 3 Plug in Hybrid, qui est plus une évolution, alors que la gamme «I» est carrément une révolution. Donc, nous avons une stratégie à plusieurs branches. Le design est important dans ce cadre. Pour BMW, il est important que le design puisse traduire le changement technologique qui s’est opéré dans la voiture.

La voiture qui vous fascine le plus ?

La voiture qui m’a fasciné depuis mon enfance est la Lamborghini Countach. J’adore aussi Zagato, parce qu’il fait toujours des choses un peu bizarres, mais fascinantes. Bien entendu, on ne peut pas passer sous silence Pinifarina et son élégance italienne !

Avez-vous une collection de voitures BMW genre M1, 507… ?

Non. Je crois que je devrais en parler à mon patron ; pour qu’il m’aide à financer ces caprices très coûteux (rires….). Plus sérieusement, j’ai une Alfa Romeo Giulia Sprint GT de 1964 dessinée par Giugiaro, quand il avait seulement 22 ans ! Cela n’a rien d’exotique, mais c’est une voiture que je voulais acquérir, parce qu’elle me fascinait depuis l’enfance.

Par ailleurs, comme je travaille pour un constructeur automobile, je change rapidement de voiture. Certes, je me fais de temps à autre plaisir, mais le plus souvent, je conduis la voiture qui m’aide à mieux avancer sur un projet sur lequel je travaille. Il m’arrive également de conduire des voitures avant leur commercialisation, parce que cela m’aide à comprendre beaucoup de choses.

Vous avez-vous semble-t-il un petit faible pour la ville des lumières…

Mes parents m’ont transmis leur adoration pour cette ville. Il se dégage une beauté que l’on ne retrouve pas ailleurs. Avec une préférence pour les quartiers de Saint-Germain-des-Prés et de la Bastille, les frites et la sauce du Relais de l’Entrecôte. Vos hobbies ? J’ai deux filles d’un très jeune âge. Donc, mes occupations extra professionnelles gravitent atour des couches (rires…). Plus sérieusement, mes fonctions sont très prenantes et absorbent mes journées. Je réussis à jouer une heure au tennis par semaine, mais cela fait une éternité que je n’ai pas sorti mon Alfa Romeo Giulia Sprint GT de 1964. Le temps manque aussi pour dessiner. J’en ai pourtant besoin pour me rassurer, me prouver que je sais encore le faire. Le dessin a des vertus thérapeutiques. Les écouteurs sur les oreilles, on bascule dans un autre monde.

Biographie

1970
Voit le jour au Liban
1989
Participe au championnat du monde junior d’escrime
1994
Décroche un diplôme de l’université McGill en ingénierie mécanique
1997
Décroche un diplôme de l’Art Center College for Design de Pasadena en Californie
1998
Intègre BMW en tant que responsable du design intérieur
2009
Rejoint Mercedes pour prendre en charge le design de la marque Smart
2011
Nommé responsable du département du design extérieur de BMW.
2012
Nommé directeur du style global de la marque BMW (extérieur et intérieur)