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Kamil El Kholti

 

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Des circuits des années 60 au Rallye Maroc Classic dont il est l’une des pierres angulaires, avec l’équipe fondatrice de Dominique et Jean-François Rageys, il a été et demeure un acteur de la culture automobile au Maroc, connu et reconnu par tous. Rencontre avec un Monsieur dans toute l’acception du terme avec l’élégance pour style de vie.

On vous sait passionné par les voitures sportives anciennes. Pourquoi une telle passion pour elles, plutôt que pour des versions nouvelles, plus technologiques?

C’est justement cet état d’esprit que je recherche. La sportive ancienne est une voiture qui ne dispose pas de toutes les aides à la conduite. De fait, elle vous oblige à une attention constante , une certaine considération pour sa fragilité. Prenons ma dernière Porsche Targa : la conduire est toute une aventure : quand je la mets en route, je dois attendre qu’elle chauffe un peu afin que l’huile lubrifie les cylindres, quand je fais une grande randonnée et qu’elle fonctionne parfaitement, c’est un moment de pur plaisir et puis, parfois, ce petit pépin auquel on ne s’attend pas et qu’il va falloir régler avec un sens de l’improvisation. J’aime énormément cet aspect où l’humain a une place à côté de la voiture, avec tout ce que cela comporte de petits challenges personnels. Sans dire le mot « aventurier » qui serait très exagéré, il faut vraiment gérer ces aléas, mais surtout avoir cet état d’esprit fait d’improvisation, de fatalisme et de sang-froid. La résolution des petites difficultés de la vie vous rend philosophe. Souvent, ce sont également des voitures qui vous conduisent à certaines précautions d’entretien. Je ne peux garer ma Targa près de l’Océan, l’humidité serait dévastatrice pour ces tôles anciennes. Elle est donc plutôt au centre, dans un garage de mon bureau, sous sa bâche, en attendant le moment où je la sors. Sa conservation dans l’état d’origine nécessite une vigilance scrupuleuse. Pour acquérir les pièces d’origine, c’est une aventure, car elles sont aussi chères que rares. Outre le fait que je sois sensible au design de ces voitures, c’est plutôt le même état d’esprit que je retrouve avec la plupart des passionnés de voitures anciennes. Cela étant, pour le quotidien j’utilise une voiture courante, car l’efficacité se doit de l’emporter. Bien entendu, les voitures d’aujourd’hui sont plus fiables et infiniment mieux adaptées au trafic urbain.

Vous avez la réputation d’être plutôt « Porsche ». Confirmez-vous ?

Non je suis plutôt voiture classique, avec moteur avant et propulsion conventionnelle et au début j’ai eu du mal à m’adapter à la Porsche car c’est une voiture assez délicate à conduire. Les plus difficiles à conduire sont les Porsche Turbo des années 90, parce que le Turbo se déclenche brutalement. Ma 911 développe presque 200 Cv, ce qui était conséquent dans les années 70 et il vaut mieux ne pas la brutaliser. Comme elle est immatriculée au Maroc, je n’ai aucun problème pour l’utiliser. Grâce à Jean-François Rageys promoteur du Maroc Classic, j’ai pu rencontrer de grands champions automobiles, comme Bernard Consten ancien champion de France des rallyes et ancien président de la fédération française des sports automobiles. Sa science du pilotage n’a d’égale que sa générosité. En automne il organise avec d’autres passionnés des balades en Corse et dans la France profonde.

Quelle a été votre relation avec l’automobile, depuis le premier déclic durant votre enfance ?

Depuis toujours, j’ai eu une véritable passion pour les voitures, à commencer, lorsque j’étais enfant, pour ma collection de Dinky Toys. Parents et amis m’en rapportaient d’Europe. Cette collection a disparu lors de mon départ pour l’armée. Adolescent, « j’empruntais…» allégrement la voiture des parents, la police devait être alors plus tolérante. En revanche, le goût et la passion des belles voitures et celui de la conduite sportive ne m’ont jamais quittés. Durant ma période d’officier élève à Tours, à l’Ecole d’Application du Train, j’ai fait beaucoup de stages dans le « Génie mécanique » et ensuite, comme officier dans le Groupement de Formation du Train, je n’ai jamais été éloigné de tout ce qui touche à la mécanique auto. Cela étant, c’est plutôt une démarche personnelle, à travers mes différents coups de cœur, au fil des années, qui ont aussi renforcé ma connaissance des automobiles. J’ai eu plus de 50 voitures dans ma vie, dont une quinzaine de sportives, anciennes ou modernes, et faute d’espace, mais également en raison des nécessités de la gestion quotidienne – c’est une passion pour le moins coûteuse que celle de la voiture sportive-, j’ai dû à chaque fois revendre la dernière pour en acheter un nouvelle et ainsi de suite. Mais on n’oublie jamais une première fois et j’ai une affection particulière pour ma première voiture, une MGTF, achetée avec force crédits et acrobaties en raison de ma solde de sous-lieutenant, qui était fort modeste et de fait, fortement amputée à cause du crédit..

Dans le lot des 50 voitures qui ont traversé votre vie de passionné, quelles seraient le top five ?

Éliminons d’emblée la vingtaine de voitures à usage familial et professionnel. C’est pour le moins une question difficile à répondre. Même si j’ai eu beaucoup plus d’affinités avec certaines plutôt que d’autres, chacune a une petite histoire qui me relie à elle. Du coup de coeur, à l’achat, à ce que j’ai pu vivre ou non avec. Je vous l’ai dit, j’ai une affection particulière pour ma première voiture, la MGTF, achetée en 1958. L’Austin Healey Sprite qui lui a succédé est également un bon souvenir. La Triumph TR3 dont le châssis a été faussé par un choc pour éviter un vélomoteur sur la route de Mohammédia dès sa première sortie. La MGA, avec ses roues à rayons fixées par des papillons, dont l’une s’est détachée sur la route d’Agadir. Une autre Austin Sprite, ma dernière voiture de sport de cette époque. Ensuite est venue la période sur circuits automobiles avec une autre Triumph TR3 et ensuite une dauphine Gordini. J’aimais bien les voitures qui obligeaient à un style de conduite particulier, avec dérapage puis contre-braquage, c’était très amusant. Je me souviens d’une anecdote qui ne me concerne pas directement, mais qui m’a fortement impressionné. En 1965, nous allions vers le circuit de Marrakech avec Max Cohen Olivar qui, roulait à vive allure. Arrivé à la grande place, près de la station service (Esso à l’époque), un camion citerne est arrivé de nulle part à la perpendiculaire et était sur le point de le couper en deux. Max s’est mis en travers. Sa voiture s’est mise à la perpendiculaire, ce qui a donné la possibilité au camion citerne de passer. Il a remis d’aplomb la voiture et a repris sa route sans encombres. J’ai adoré la 1093, version élaborée de la Dauphine Gordini.. J’ai eu ensuite une R8 Gordini que j’ai appréciée quand j’ai su la maîtriser , la BMW 2002 Ti que j’aimais beaucoup, malgré le fait qu’en circuit, les freins chauffaient très tôt. Je n’oublierais pas dans cette énumération, la De Tomaso Pantera GTS, un monstre, carosserie italienne et moteur américain.

Votre environnement familial a-t-il freiné ou encouragé votre passion pour les voitures de sport ?

Honnêtement, mon environnement parental était quelque peu indifférent et pas du tout inquiet à propos de cette passion. J’avais rejoint l’armée très jeune. J’étais sorti indemne de 5 années d’armée, à une période où le Maroc indépendant était à construire avec des épisodes assez tragiques comme le tremblement de terre d’Agadir. Pas grand-chose ne les inquiétait à mon sujet. En revanche, quand j’ai quitté l’armée et que je suis entré chez Esso et que j’ai fondé une famille, j’ai décidé de devenir un peu plus sage (rires). Je me suis mis a acheter des voitures normales à usage professionnel, telle une Volkswagen, mais très vite le virus est revenu plus fort encore, puisque c’est à cette date que j’ai commencé m’intéresser aux circuits automobiles, ce dont je vous parlais, tout à l’heure.

Quel est votre premier souvenir de circuit ?

Une course assez catastrophique avec une Triumph en 1964 ( rires). La première . J’ai commencé réellement à obtenir quelques résultats en course avec la Dauphine Gordini et lorsque je partageais une saine émulation avec des camarades comme Max dans une ambiance absolument fantastique. Nous étions amateurs, passionnés, solidaires, toujours prêts à nous entraider pour réparer les voitures, le soir après les essais. Le Maroc a eu de grands pilotes comme André Guelfi, Jean Deschazeaux, Robert Lacaze et Max Cohen Olivar, qui commençait à se faire un nom et a su persévérer, grâce à son talent, pour concilier la course automobile et ses activités professionnelles. Aujourd’hui, c’est un autre monde. Le sport automobile s’est réellement professionnalisé. Le jeune Mehdi Bennani, grâce à ses qualités est certes en train de percer, mais c’est difficile. C’est un sport dur, exigeant, coûteux, où il y a beaucoup d’appelés et peu d ‘élus. Pour ma part, j’ai fait de la compétition auto avec des résultats corrects, jusque dans les années 72. Ensuite, il m’a été de plus en plus difficile de concilier cette passion-là avec ma carrière professionnelle. Et je me suis mis au golf avec autant d’engagement et de plaisir

Votre implication dans le Rallye du Maroc Classic est continue. Vous l’avez suivi depuis ses débuts ?

Après une période d’arrêt, j’ai repris goût aux sportives anciennes dans les années 80, où j’ai acheté une Iso Rivolta en « derelict condition » c’est dire en état d’épave. C’est le type de la voiture italienne hybride avec un moteur américain Chevrolet et une carrosserie italienne Bertone, un modèle très intéressant. En retrouvant le virus, j’ai retrouvé le milieu et notamment beaucoup d’amis, dont un certain Jean-François Rageys, qui avait organisé le Rallye du Maroc lorsque celui-ci était inscrit au Championnat du Monde. Fondateur, organisateur et promoteur du Rallye Maroc Classic, il a décidé de l’organiser en 1993. En ce qui me concerne, j’y ai participé dès la seconde édition et j’ai beaucoup aimé ce concept de Rallye, les gens qui l’organisaient, l’état d’esprit, qui y règne, la conjonction de l’amour pour les belles voitures et pour les régions somptueuses que nous traversons au Maroc. Je n’ai plus jamais manqué une édition en tant que participant et je m’implique du mieux que je peux dans la communication du Rallye, ainsi que dans son action sociale. Pour tous ses participants qui viennent du monde entier avec 17 pays représentés, le Rallye est vraiment l’occasion de se retrouver autour de notre passion commune ( rires). C’est aussi pour mes amis, les participants marocains, une occasion inouïe de découvrir la beauté de leur pays que certains connaissent fort mal.. Avec entre 65 et 70 équipages, le Rallye exige une organisation exceptionnelle, avec un encadrement de près d’une cinquantaine de personnes ( accueil, contrôleurs, mécaniciens, informaticiens, médecins, etc). Il s’agit d’assurer un hébergement haut de gamme tout en gardant l’esprit convivial du Rallye.

Le Rallye a-t-il vocation à étoffer quelque peu son nombre de participants dans les années à venir ?

Non, je ne le pense pas. Les organisateurs limitent les demandes, afin de préserver la convivialité qui fait le charme de l’épreuve. C’est une logistique telle qu’il vaut mieux rester dans cette démarche qualitative, qui est la marque du concept. Depuis 2005, les organisateurs ont ouvert en parallèle au Rallye Classic, qui est la plateforme de sportives anciennes de 1930 à 1983, le Rallye Prestige pour belles GT modernes construites à partir de 1984. Lors des éditions, la proportion est de 1/4 de voitures de prestige et 3⁄4 de classiques. La philosophie des organisateurs est de privilégier l’amélioration permanente du Rallye, plutôt que de risquer de s’éloigner des fondamentaux, en ne limitant pas le nombre d’inscrits. L’organisation après 17 éditions a fait ses preuves. La prochaine édition, la 18ème donc, aura lieu du 12 au 19 mars et tout est déjà bouclé.

Vous évoquiez votre implication dans l’action sociale du Rallye. En quoi est-ce si important pour vous ?

Après quelques éditions du Rallye Classic où nous étions un peu plus rôdés et, il faut le dire, heureux de découvrir le Maroc rural, l’idée de nous organiser pour aider des gens défavorisés est venue naturellement, si je puis dire. Cela étant, nous ne voulions pas quelque chose de trop formel, telles que certaines associations le pratiquent ou le pratiquaient encore à l’époque, avec à mon sens trop de protocole et de distance entre les différents acteurs. Notre choix s’est porté vers « L’Heure Joyeuse », parce que cette association a toujours défendu l’idée de partenariat et non d’assistanat. Lors d’un bivouac en 2000, durant le Rallye Classic, une vente aux enchères a été organisée pour financer une opération cartable pour les écoliers de la région de Tata et avons récolté 75 000 DH. L’année suivante 164 000 DH. Pour obtenir un total sur onze années de 5 millions et demi de dirhams levés lors de ces successives ventes aux enchères et autres contributions (sociétés partenaires, tombolas, dons individuels etc…) totalement reversés à L’Heure Joyeuse ce dont nous ne sommes pas peu fiers, car croyez-moi, c’est très difficile de maintenir les recettes au même niveau chaque année. Il nous faut être imaginatifs comme avec ce Trophée des 1ers 24h du Mans (offert par Bernard Consten) qui est monté à 130 000 DH ou encore trouver des dons comme des tableaux de Hassan Glaoui ou dernièrement Mehdi Qotbi, cette année Michel Legrand, Malika Agueznay et Mahi Binebine nous ont promis leur aide, etc. Avant le Rallye et sa vente aux enchères, nous rencontrons Leila Chérif la présidente de l’Heure Joyeuse et les membres de son comité, nous convenons d’un projet à caractère social urbain ou rural et le réalisons ensemble, en partenariat avec les gens du pays, pour déterminer un projet social. Nous organisons également un concours de peinture qui nous a permis de faire découvrir aux enfants lauréats d’Irgherm la mer à Casablanca et ce pour la première fois de leur vie. Cette action dite « la Route du Cœur » s’est développée naturellement. Ce n’est pas si difficile que cela d’agir pour les autres. Cela demande un peu de volonté et une détermination sans faille, année après année.

Que conseillerez-vous aux gentlemen drivers new generation ?

À côté des anciens, dont on peut dire que Omar Bekkari est le porte fanion de l’esprit gentlemen drivers aux cotés de Dafir Arraki, il y a toute cette génération de jeunes, tels que Abdelmjid Alaoui, Rafiq Lahlou, Karim Taissir et Karim Lazrak, qui participent au Rallye, ce qui est très réconfortant. Ils sont également de généreux donateurs. Suite à la décision de l’abaissement des droits de douane pour les voitures neuves, nombre de voitures que nous ne voyions quasiment pas auparavant sont apparues : Bentley Coupé ou cabriolet, Aston Martin, Porsche etc. L’émergence d’amateurs privilégiés a créé un appel d’air, c’est plutôt positif. Cela étant, à mon sens être gentleman driver ne peut se réduire au fait de posséder, mais également de créer de la valeur ajoutée pour son environnement. La nouvelle génération doit se sentir concernée par l’action sociale, suivre en cela l’exemple de notre Souverain, Sa Majesté Mohammed VI avec l’Initiative nationale de développement humain. Lors de mes visites dans le monde rural, je suis agréablement surpris par la qualité des rapports humains et la disponibilité des gens pour dialoguer avec nous et même nous donner un coup de main en cas de pépin. Ces personnes, dont la vie est souvent âpre et difficile, sont extrêmement gentils et méritent de l’attention, du temps, de la disponibilité. Je n’ai aucunement la prétention d’être un oracle, mais il me semble qu’on constate une certaine déperdition des liens tissés par les générations précédentes. Je suis néanmoins persuadé que les jeunes générations, malgré les contraintes qu’imposent la vie moderne, sauront faire fructifier l’héritage de leurs aînés et suivre l’exemple de notre Souverain. Parce que nous avons été favorisés par la vie, nous devons avoir un souci d’exemplarité vis-à-vis de ceux qui l’ont été moins que nous. Pour moi , être gentleman driver, c’est être exemplaire dans tous les domaines.

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