Fils de Jean Rédélé, M. Alpine, Jean Charles Rédélé a dû être patient, avant de vivre pleinement sa passion pour l’automobile et surtout pour la compétition. Il a dû attendre d’être majeur pour s’offrir sa propre voiture, afin de participer à sa première compétition, avec succès d’ailleurs. Concessionnaire Renault, rallyman et vouant une véritable passion pour la restauration des modèles Alpine, Jean Charles Rédélé a bien voulu nous recevoir, pour partager avec nous son expérience et son attachement pour la marque créée par son père.

Quel a été votre premier contact avec l’automobile ?

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, mon père m’a plutôt isolé de l’automobile. De fait, je n’ai vraiment découvert l’Alpine qu’à ma majorité. Ceci dit, comme il travaillait tout le temps, tous les weekends, on allait à Dieppe à l’usine Alpine et je passais pas mal de temps entre les allées de l’usine, qui était fermée C’était exceptionnel. Quand vous avez 10 ans, aller voir les voitures de course qui dorment au fond du garage, c’est le rêve. Voir les Berlinettes encore en montage, c’était magique aussi. C’est vrai que j’ai été bercé par tout cela, mais ce n’est qu’à l’âge de 18 ans, quand j’ai eu mon permis et la possibilité de faire de la compétition de mon côté, que je me suis réellement imprégné de l’esprit Alpine.

Au départ, mon père ne voulait pas que je fasse de première saison de rallye. C’est à l’âge de 28-29 ans que je me suis rendu compte que je connaissais très peu la marque auparavant. Être le fils de Jean Rédélé a dû vous faciliter votre introduction dans le monde de la compétition automobile Cela ne m’a pas vraiment donné d’avantages, parce que mon père ne voulait pas que j’en fasse. Et puis être un Rédélé ne m’apportait pas grand-chose, vu que je n’ai jamais couru en professionnel et toujours en historique. Je n’avais donc pas besoin de sponsoring, le budget de fonctionnement n’étant pas vraiment élevé. Le risque, c’est différent. Quand on court à bord de voitures anciennes, elles sont moins sûres que les modernes. J’ai eu l’occasion de faire a plusieurs fois les 2 tours d’horloge avec Stephane Ortelli, qui découvrait l’endurance. C’était des voitures qui avaient fait le Mans, et qui roulaient quand même à 240 km/h. Tout à l’origine appartenait à mon père. À l’époque, pour pouvoir courir, il avait vendu des licences de fabrication en Espagne, au Brésil et au Mexique et c’est avec cet argent qu’il a pu fabriquer les voitures du Mans et s’engager en competition.

Quelle a été votre première voiture ?

C’était une Autobianchi A112, que j’avais achetée pour 500 francs au début des années 80 et je l’ai gardée un an ou 2 quand j’étais étudiant. Mais mon rêve d’enfant a toujours été de restaurer des voitures.

Comment ont été vos débuts en compétition ?

Quand j’ai eu 18 ans, j’ai ouvert le garage de mon père et il y avait des voitures qui étaient là depuis une trentaine d’années et je me suis fixé comme objectif de les restaurer. À l’époque, c’était le début des courses historiques et une fois encore, mon père était contre. Hervė Charbonneux et moi avons décidé de restaurer un prototype Alpine de 1963 et de l’engager aux courses d’endurance d’Éric Van de Vyver au Castelet, qui ont ėté les premiers 2 tours d’horloge historiques. Pour l’occasion, nous avons demandé à Bianchi, qui était le pilote officiel d’Alpine dans les années 60, de venir courir avec nous et nous aider à mettre la voiture au point, parce que nous n’avions pas la compétence voulue. Nous avons donc engagé la voiture et quand mon père est venu regarder la course, en 1993, il a eu ce jour-là la larme à l’oeil. Il a vu que nous avions réussi à refaire marcher une de ses voitures. Nous avions fini juste derrière les gros prototypes et là il a voulu que je continue à courir en historique et j’ai commencé à partir de là à restaurer plusieurs voitures anciennes.

J’avais 30 ans. Depuis, j’ai accumulé un petit palmarès. Je suis plutôt rallyman, toujours dans la catégorie historique. J’ai été une fois champion et 6 fois vicechampion, au championnat de France des rallyes.

Quels sont les moments forts qui vous viennent en tête en pensant à la compétition ?

Dans les rallyes, c’est avant tout un esprit qui n’existe pas en circuit. C’est beaucoup plus convivial. Avant d’être concurrents, nous étions tous amis. Nous partagions de très bons moments et puis le rallye, c’est une aventure qui nous fait découvrir de nouvelles régions, de nouveaux endroits et on a toujours beaucoup de plaisir à découvrir la France et des endroits qu’on ne connaissait pas. Il y a ce côté humain et aventureux qui n’existe pas en circuit. Sur circuit, on tourne en rond, on se bat contre soi-même, alors qu’en rallye, aucun virage n’est jamais le même. Il y a une part d’improvisation en rallye qui n’existe pas sur le circuit et c’est pour cela que l’Alpine et la Berlinette plus spécifiquement est une voiture merveilleuse pour rouler. Je pense d’ailleurs faire un jour le Maroc avec.

Avez-vous eu des moments de doute, des peur ?

Les moments de peur quand je fais des courses c’est à chaque départ. En fait, je me demande ce que je suis en train de faire là, c’est dangereux, j’ai mes enfants, j’ai mon travail, j’ai peut-être d’autres choses à faire. Mais une fois qu’on a mis son casque et qu’on a fait la première spéciale, on se dit que c’est génial. Le sport automobile, c’est grisant, c’est une sorte de drogue. Une fois qu’on est parti, on ne pense plus au danger.

Pour ce qui est de la restauration, vous pouvez nous en dire un peu plus ?

Pour le moment, j’ai une Alpine à restaurer. C’est l’Alpine 3.0l, qui a fait Le Mans en 69. J’espère qu’elle sera finie dans un an. Toutes les voitures sont faites dans le sud de la France par des amis. Nous sommes concessionnaire Renault, nous avons un savoir-faire pour travailler sur les voitures anciennes qui n’existe pas dans les ateliers modernes. Ce sont des gens qui ont des compétences pour travailler sur les voitures anciennes qui font ce travail. Par contre, je peux réparer tout ce qui est Dacia et Renault sans aucun problème.

Participez-vous aux ventes aux enchères ?

Je ne suis pas négociant, mais collectionneur. J’ai vendu des voitures pour avoir de l’argent, pour en restaurer d’autres ou alors pour acheter un modèle d’Alpine que je n’avais pas.

Y a-t-il une voiture qui manque à votre collection et que vous aimeriez avoir ?

Il me manque une pièce que je n’aurais jamais en plus, c’est l’Alpine qui a remporté les 24 heures du Mans de 1978, parce que c’est Renault qui en est propriétaire et ne la vendra jamais. J’ai toutes les voitures à part celle la, qui fait partie du patrimoine de Renault.

Quelle voiture utilisez-vous au quotidien ?

Quand je roule à Paris et qu’il fait froid je le fais en Twingo et quand il fait beau je roule en moto, une Honda Dax.

Votre marque de voiture préférée ?

Bien évidemment Alpine, mais sinon j’aime bien Porsche, pour la rigueur germanique. Elle est aussi moins ostentatoire qu’une Ferrari et accessoirement, c’est la fiabilité germanique. J’aime bien les anciennes Ferrari, à l’instar de la Testarossa, qui me faisait rêver quand j’étais jeune.

Quel est votre contact avec l’automobile au quotidien ?

Je suis distributeur Renault. Nous sommrs concessionnaires. J’ai aussi une activité de vente de voitures d’occasioncon, essentiellement Renault. Ma vie, c’est l’automobile, en semaine les voitures modernes et le week-end les classiques.

Pour finir, pratiquez-vous un sport extrême ?

Je fais du parapente, mais je vais arrêter parce que je n’ai plus vraiment le temps. Voler c’est grisant, avec cette sensation de liberté. Si on respecte les conditions météo, ce n’est pas dangereux. Je fais également du ski l’hiver, mais cela, c’est plus classique.

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