Né au Koweït et fasciné dès son plus jeune âge par le monde de l’automobile, Yousef Fittiani s’est très vite pris de passion pour la marque Porsche, suite à l’acquisition de sa première sportive. Fort d’un parcours marqué par un séjour formateur aux États-Unis — où il s’imprègne de la culture automobile locale et de l’univers des clubs —, il mène en parallèle une carrière professionnelle dans le secteur médical. Sa passion pour l’écusson de Stuttgart prend rapidement une dimension collective, lorsqu’il cofonde un Porsche Club local au Koweït, occupant durant de longues années le poste de vice-président, pour animer et fédérer la communauté des passionnés. Aujourd’hui collectionneur émérite, fervent défenseur de la culture Porsche et partagé entre le Koweït et la Jordanie, aux côtés de sa famille, il veille sur une collection de modèles emblématiques, qui couronne plus de trois décennies de dévouement.
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Vous êtes né et avez grandi au Koweït. Quels souvenirs gardez-vous de votre enfance et comment l’automobile est-elle entrée dans votre vie ?
Mon enfance au Koweït a beaucoup compté dans ma relation avec l’automobile. J’ai grandi dans un environnement où la voiture occupait une place importante dans la vie quotidienne. Dans cette région, les distances, le climat et le mode de vie donnent naturellement à l’automobile une importance particulière. Très jeune, la voiture était déjà devenue à mes yeux bien plus qu’un simple moyen de transport. J’étais fasciné par les voitures, leurs formes, leurs moteurs, leurs performances. Je pouvais rester longtemps à observer un modèle qui avait quelque chose de différent. Cette curiosité s’est progressivement transformée en véritable passion. Mon père a également joué un rôle important dans mon éducation. C’était un homme d’affaires avisé, qui m’a appris à être autonome, à réfléchir avant de prendre une décision et surtout à poursuivre mes objectifs avec détermination. Il ne cherchait pas à me faciliter systématiquement les choses. Au contraire, il voulait que je comprenne la valeur du travail et que je construise moi-même mon parcours. Avec le recul, je pense que cette combinaison entre la passion et les valeurs transmises par mon père explique en partie ma manière d’aborder encore aujourd’hui l’automobile : avec beaucoup d’enthousiasme, mais aussi avec réflexion et patience.
À quel moment cette passion d’enfant est-elle devenue suffisamment forte pour vous conduire vers Porsche ?
À la fin des années 1980, j’ai quitté le Koweït pour poursuivre mes études aux États-Unis. Ce départ a constitué une étape majeure de ma vie. Je découvrais une nouvelle société, une nouvelle culture et une manière complètement différente de vivre l’automobile.
Aux États-Unis, la voiture n’est pas seulement un moyen de transport. Elle fait partie de la culture, de la vie quotidienne et peut même devenir un véritable mode de vie. Pour un jeune passionné comme moi, c’était un environnement extraordinaire. Mon père souhaitait cependant que je ne me laisse pas simplement séduire par toutes ces possibilités. Il m’encourageait à prendre mes études au sérieux, à m’immerger dans la culture américaine et à apprendre à évoluer dans ce nouvel environnement. Il m’a surtout transmis une philosophie qui m’accompagne encore aujourd’hui : écouter ses passions, prendre des décisions réfléchies, se fixer des objectifs et tout mettre en œuvre pour les atteindre. C’est aux États-Unis que mon rêve automobile allait prendre une forme très précise. Une voiture allait devenir une véritable obsession : une Porsche 944 S2 Cabriolet blanche.
Pourquoi ce modèle en particulier vous a-t-il autant marqué ?
Un de mes camarades possédait une 944 Turbo S. C’était une voiture qui m’impressionnait énormément, aussi bien sur la route que sur les circuits. Je suis immédiatement tombé sous le charme de ce design emblématique des Porsche de la fin des années 1980. Après les cours, j’allais souvent flâner devant les vitrines des concessionnaires. Je regardais les voitures, leurs couleurs, leurs configurations, leurs équipements. Je pouvais passer beaucoup de temps simplement à les observer. La 944 S2 Cabriolet blanche est alors devenue mon premier grand rêve automobile.
Vous n’aviez pourtant que 19 ans, lorsque vous avez décidé de concrétiser ce rêve. Comment avez-vous fait ?
C’était justement tout le problème ! La voiture coûtait 42.000 dollars, et à 19 ans, je n’avais évidemment pas cette somme. J’ai demandé à mon père de m’avancer l’argent. Mais je savais aussi qu’il ne s’agissait pas simplement de lui demander de financer mon rêve. Je voulais trouver moi-même une manière de réunir cette somme. C’est ainsi que j’ai commencé à fréquenter les ventes aux enchères automobiles de la côte Est des États-Unis. Au départ, je voulais surtout comprendre comment fonctionnait ce marché. Je regardais les modèles, les prix, l’état des véhicules, les coûts de réparation et leur potentiel de revente. Progressivement, j’ai commencé à identifier certaines voitures qui pouvaient être achetées à un bon prix, remises correctement en état puis revendues avec une marge intéressante.
C’est donc ainsi qu’est né votre premier business automobile ?
Oui, presque naturellement. J’ai commencé à acheter, remettre en état et revendre des voitures. Au fil des mois, j’ai appris énormément. Je développais mon instinct commercial, mais surtout une véritable connaissance du marché. J’ai compris qu’une voiture ne se résume pas à son prix d’achat. Son état, son historique, sa configuration, son entretien et son potentiel de revente sont déterminants. Achats, remises en état, reventes : un véritable ballet automobile s’est installé dans mon quotidien. Cette expérience m’a permis progressivement de réunir la somme nécessaire pour acheter enfin ma Porsche 944 S2 Cabriolet.
Cette première Porsche a-t-elle changé votre rapport à l’automobile ?
Complètement. Une fois au volant de ma 944, la voiture est devenue pour moi bien plus qu’un objet que l’on admire. J’ai commencé à parcourir les États-Unis avec elle. La voiture était devenue une sorte de passeport pour découvrir le pays autrement, au rythme des kilomètres et des virages. J’ai également commencé à fréquenter davantage les circuits et les rassemblements Porsche. Je découvrais une communauté de passionnés extrêmement active.
Vous avez notamment découvert le Porsche Club of America. Quel souvenir en gardez-vous ?
C’est l’une des choses qui m’a le plus marqué aux États-Unis. Ce que j’appréciais énormément dans l’ambiance du Porsche Club of America, c’était son côté décontracté. L’origine sociale des membres n’avait aucune importance. Tout le monde était sur un pied d’égalité et partageait la même passion : conduire des Porsche.
C’était une véritable leçon pour moi. On pouvait arriver avec une voiture ancienne ou un modèle beaucoup plus récent, mais une fois réunis autour de cette passion, les différences disparaissaient. Cette expérience m’a beaucoup marqué et elle allait plus tard m’inspirer lorsque j’ai participé à la création du Porsche Club dans ma région.
Votre passion vous a également conduit jusqu’en Allemagne…
Oui. J’ai eu la chance de visiter l’Allemagne avec mon père et notamment le musée Porsche de Stuttgart. Pour quelqu’un qui commence à développer une relation aussi forte avec la marque, c’est évidemment une expérience extraordinaire. Découvrir cette histoire, voir les différentes générations de voitures réunies au même endroit et comprendre l’évolution de Porsche permet de mesurer la richesse de cette marque.
Quand la deuxième Porsche entre-t-elle dans votre vie ?
Au début des années 1990, une Porsche 911 Carrera 2 de 1992 rejoint finalement mon garage. Elle était habillée d’une magnifique teinte rouge corail, avec un intérieur gris.
Cette voiture représente une étape importante. Jusqu’alors, j’avais la 944, que j’aimais énormément. Avec cette deuxième voiture, j’ai commencé à réfléchir comme un collectionneur. Je me suis intéressé aux différentes générations, aux versions, aux configurations, aux motorisations et à l’histoire particulière de certains modèles.
La collection s’est construite progressivement, sans véritable plan préétabli.
Aujourd’hui, votre garage ressemble à un véritable sanctuaire dédié à Porsche. Qu’y trouve-t-on ?
Il y a plusieurs générations et plusieurs personnalités de Porsche. Une 911 Turbo Cabriolet argentée de type 996 côtoie une 911 GT3 blanche et une 911 GT3 RS jaune, toutes deux du millésime 2007. Non loin d’elles se trouve une 911 GT2 de type 997, dans une livrée jaune racing. Une 911 Cabriolet noire de 1989 complète ce plateau. Chaque voiture a sa propre personnalité. Certaines m’attirent pour leurs performances, d’autres pour leur histoire, leur rareté, leur configuration ou simplement parce qu’elles représentent une période particulière de l’évolution de Porsche.
Mais au cœur de votre collection se trouve une voiture d’une autre dimension : la Carrera GT….
Oui. La Carrera GT occupe une place très particulière dans ma collection.
C’est une automobile exceptionnelle. Lorsque vous la regardez, elle semble presque sortir de la chaîne de production, alors qu’elle affiche aujourd’hui environ 20.000 kilomètres. Son état de conservation est remarquable. Il est parfois difficile d’imaginer qu’elle a réellement connu la route. Et pourtant, son acquisition n’était absolument pas programmée… pas du tout ! Je n’avais absolument pas l’intention d’acheter une Carrera GT.
Qu’est-ce qui vous a poussé à franchir le pas ?
J’ai appris qu’un célèbre pilote de rallye émirati souhaitait vendre sa Carrera GT. Elle n’avait alors que 5.000 kilomètres au compteur. Je n’avais pas prévu cet achat, mais certaines opportunités ne se présentent qu’une seule fois. Je n’ai tout simplement pas pu résister. On sent d’ailleurs près de cette voiture un lien presque affectif. Je sais que cela peut paraître excessif, mais lorsque vous avez consacré autant de temps et d’énergie à une voiture, elle finit par représenter bien plus qu’un simple objet. La Carrera GT est une voiture de sport extraordinaire, une véritable référence. Et lorsque je regarde son état aujourd’hui, je me dis que j’ai vraiment eu raison de franchir le pas.
L’état de la voiture est impeccable. Jusqu’où êtes-vous allé pour le préserver ?
Je suis probablement allé un peu trop loin ! Lors de son premier entretien, je n’arrêtais pas de me rendre au Centre Porsche de Koweït. Je voulais voir ce qui était fait et comprendre chaque intervention. J’ai même nettoyé de nombreuses pièces à la brosse à dents avant qu’elles ne soient remontées ! Cela peut sembler un peu obsessionnel, mais lorsque vous avez une voiture de cette valeur historique et mécanique, vous voulez qu’elle soit traitée avec le maximum de soin.
La conservation de vos voitures doit également être particulièrement complexe, dans les conditions climatiques de la région ?
Oui, c’est un véritable sujet. Une collection automobile demande énormément de rigueur, particulièrement dans notre région. La chaleur, la poussière et les variations de température peuvent être très agressives pour les voitures. Il faut donc créer un environnement adapté. Mes garages sont aménagés spécifiquement pour les voitures. La climatisation est essentielle, afin de maintenir une température aussi stable que possible. Il faut également surveiller l’humidité et éviter autant que possible les variations importantes. Mais la climatisation ne suffit pas. Les voitures doivent être régulièrement contrôlées, nettoyées et entretenues. Une voiture qui reste immobilisée pendant plusieurs mois sans surveillance peut finalement rencontrer davantage de problèmes qu’une voiture qui roule régulièrement.
Vous considérez donc vos garages comme de véritables espaces de conservation ?
Absolument. Chaque voiture a son emplacement, son historique, ses documents et son programme d’entretien. Je veux savoir ce qui a été fait sur chaque voiture et à quel moment. Il faut surveiller les batteries, les pneumatiques, les fluides, les éléments mécaniques et électriques, mais également la carrosserie et l’environnement dans lequel la voiture est conservée.
Un garage de collectionneur doit presque fonctionner comme un atelier.
Vous accordez donc autant d’importance à l’entretien qu’à l’acquisition ?
Absolument. Acheter une voiture est finalement la partie la plus facile. La conserver dans un état exceptionnel pendant dix, quinze ou vingt ans est beaucoup plus compliqué. Une Porsche ancienne ou une voiture rare demande de la patience. Certaines pièces peuvent être difficiles à trouver, certains travaux nécessitent des spécialistes et il faut parfois refuser une solution facile, lorsqu’elle risque de dénaturer la voiture. Je suis très attaché à l’authenticité. Lorsque cela est possible, je préfère conserver une voiture dans sa configuration d’origine. Pour moi, une collection doit raconter l’histoire de l’automobile et pas seulement montrer des voitures coûteuses.
Votre passion pour Porsche ne se limite pourtant pas à la possession et à la préservation de vos voitures. En 2003, vous participez à la création d’un club local….
Oui. C’était une suite logique de mon expérience américaine. En 2003, j’ai participé à la création du Porsche Club local. J’en suis devenu le vice-président et j’ai occupé cette fonction jusqu’en 2013. Pendant toutes ces années, nous avons organisé de nombreuses rencontres, des sorties et différentes manifestations, destinées à réunir les passionnés. Je voulais retrouver cet esprit que j’avais découvert aux États-Unis : une communauté dans laquelle la passion automobile constitue le véritable point commun.
Dans une région où les propriétaires de Porsche sont nombreux, quel rôle le club a-t-il joué ?
Il a permis de créer un véritable espace de partage. Posséder une Porsche est une chose, mais rencontrer d’autres personnes qui comprennent exactement ce que cette passion représente en est une autre. Nous pouvions parler des modèles, des préparations, de l’entretien, des sorties ou simplement de nos expériences.
Une personne pouvait arriver avec une ancienne 911 et une autre avec une Porsche moderne. Peu importe. Une fois réunis autour de la passion, tout le monde était sur un pied d’égalité. C’est précisément ce que j’avais apprécié au Porsche Club of America.
Votre collection est-elle aujourd’hui achevée ?
Je ne pense pas qu’une collection automobile puisse réellement être terminée.
Il y aura toujours une voiture que l’on découvre, une configuration particulière, un modèle rare ou une opportunité inattendue. La Carrera GT en est le meilleur exemple. Je n’avais absolument pas prévu de l’acheter et elle est finalement devenue l’une des voitures les plus importantes de ma collection. Le problème du collectionneur n’est donc pas seulement de savoir quelle sera sa prochaine voiture. C’est aussi de savoir où il va pouvoir la garer !
Vous considérez-vous davantage comme un collectionneur ou comme un passionné ?
Je dirais que la passion est à l’origine de tout. Je ne cherche pas simplement à accumuler des voitures. Une collection doit avoir une cohérence et raconter quelque chose. Chaque Porsche doit avoir une raison d’être là. Elle peut représenter une génération, une technologie, une histoire particulière ou simplement un souvenir personnel. Lorsque je regarde ma collection, je ne vois donc pas uniquement des Porsche, mais différentes périodes de ma vie. La 944 S2 Cabriolet représente mes années américaines, lorsque j’étais très jeune et que je rêvais de cette voiture. La 911 Carrera 2 représente le véritable début de ma collection. La Carrera GT correspond à une rencontre inattendue avec une automobile exceptionnelle. Finalement, chaque voiture raconte une partie de mon histoire.
Votre passion commence également à se transmettre à vos enfants ?
Oui et c’est probablement l’une des choses qui me fait le plus plaisir.
Mes deux enfants commencent déjà à se familiariser avec les voitures de sport allemandes. Ils m’accompagnent régulièrement dans le garage, qui est devenu en quelque sorte un terrain de jeu familial. Ma fille Ayda participe même au polissage des carrosseries. Elle commence à s’intéresser aux voitures et à leurs détails.
Mon fils Omer est encore très jeune. Pour l’instant, il observe attentivement ce que nous faisons, confortablement installé dans sa grenouillère. Une grenouillère Porsche, bien évidemment !
Après toutes ces années, que représente finalement Porsche pour vous ?
Porsche représente une partie de ma vie. Je ne collectionne pas simplement des voitures. Je collectionne des souvenirs, des émotions et des histoires.
Et je pense que c’est précisément pour cette raison que la passion ne disparaît jamais. Même après toutes ces années, il suffit que j’ouvre la porte du garage, que je regarde une Porsche et je me retrouve immédiatement à 19 ans, devant la vitrine d’un concessionnaire américain, en train de rêver à ma première 944.
Bio express :
• 1971 : Naissance de Yousef Fittiani au Koweït. Dès son plus jeune âge, il développe un intérêt marqué pour l’automobile, qui deviendra au fil des années une véritable passion.
• 1990 : À 19 ans, il acquiert sa première Porsche, une 944 S2 Cabriolet. Cette voiture marque le début d’une histoire personnelle qui ne cessera de s’enrichir, avec la marque allemande.
• 1995 : Après plusieurs années passées aux États-Unis, il achève ses études et revient avec une expérience profondément marquée par la culture automobile américaine et l’univers des clubs Porsche.
• 1997 : Il entame sa carrière professionnelle dans le secteur médical, domaine dans lequel il évolue depuis lors.
• 2003 : Sa passion pour Porsche prend une dimension collective, avec sa participation à la création du Porsche Club local au Koweït.
• 2003–2013 : Il occupe le poste de vice-président du club et contribue activement à l’organisation de rencontres, de sorties et d’événements réunissant les passionnés de Porsche au Koweït.
• Aujourd’hui : Toujours collectionneur et fervent défenseur de la culture Porsche, Yousef Fittiani partage sa vie entre le Koweït et la Jordanie avec sa famille.


