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Christian Philippsen

The Man with the Red Pant

DÉCOUVREZ L’HISTOIRE CAPTIVANTE EN PDF

Tous les férus de l’automobile classique qui  écument les manifestations automobiles d’envergure le connaissent. Il ne passe pas inaperçu avec sa silhouette longiligne, souvent soulignée par un pantalon rouge framboise. Quand Christian Philippsen parle d’automobile, la passion jaillit de ses propos et il s’exprime avec beaucoup d’enthousiasme sur son amour inconditionnel pour les quatre roues.

Sa passion du design et son sens de l’organisation font autorité dans toutes les manifestations automobiles d’envergure : grandes ventes aux enchères, concours d’élégance, rallyes de prestige. Partout, de l’Amérique à la Grande-Bretagne, de France en Chine.

Christian Philippsen, ambassadeur de la communauté automobile Louis Vuitton et président du jury des Louis Vuitton Classic Awards, a débuté sa carrière dans l’Écurie Garage Francorchamps belge, dirigée par Jacques Swaters.

Quelque temps après, il fonde sa propre société de conseil, spécialisée dans le design automobile et l’organisation d’événements. Il compte parmi ses clients Christie’s, Pininfarina, Michelin et Renault. De plus,  jusqu’en 2009, il a été rédacteur en chef de la célèbre « Automobile Year » annuelle.

Dans cet entretien très passionnant, Christian Philippsen, relate son riche parcours émaillé d’anecdotes souvent croustillantes, d’un vrai passionné.

Quand êtes-vous devenu passionné de voitures ?

Mon père voulait devenir chirurgien, mais des raisons familiales l’ont empêché de l’être et il a plutôt préféré opérer ses voitures (rires…).  On ne pouvait pas dire qu’il était un passionné d’automobile, mais il ne pouvait pas résister à l’envie de les « démonter » et de les « remonter ».  Et quand il avait besoin d’aide, il sollicitait mon assistance.  Ses voitures n’avaient rien de spécial et pourtant il les gardait longtemps : Je n’en ai connu que deux en dix-huit ans !  La première était une Standard Eight, la suivante une Peugeot 203.  Mon intérêt a pris de l’envergure grâce aux nombreux magazines automobiles qui traînaient à la maison.  De plus, notre médecin de famille se plaisait à me faire faire des promenades dans son roadster Jaguar XK 150S et m’a emmené aux premières courses que j’ai pu suivre.

Parlez-nous de votre première voiture ?

J’ai eu deux premières voitures et toutes deux étaient des MG TC. Elles étaient toutes les deux dans un état délabré et j’ai dû bricoler pour faire une bonne voiture à partir des deux !  J’ai finalement été forcé de les vendre pour payer toutes les contraventions que j’avais eues (rires…) ! J’étais sur la paille, car j’avais tout investi dans les voitures et mes parents ne voulaient pas m’aider. Mais apparemment, les années n’ont pas eu raison de mon amour pour ce modèle, puisque J’en ai récemment acheté une. Je pense que la nostalgie me rattrape.

Vous rêviez de conduire une Ferrari ?

Dans les années 50 et au début des années 60, Ferrari était la voiture de sport par excellence et je rêvais d’en conduire une.  Lors de ma première recherche d’emploi, je n’ai écrit qu’une seule lettre à Jacques Swaters, l’importateur Ferrari belge de l’Écurie Francorchamps et je fus embauché.  Peu de temps après mon démarrage, il m’a demandé d’aller chercher le directeur des ventes de Ferrari, Dottor Manicardi, à son hôtel et de l’amener au Salon de Bruxelles. Et malgré les conditions météorologiques exécrables, Swaters m’a quand même confié une 275 GTB.  C’était la première fois que je conduisais une Ferrari pour de vrai !  Mais cette aventure a tourné au vinaigre quand j’ai tourné sur une plaque de glace et heurté un camion garé.  Heureusement qu’il n’y avait pas de blessés mais la voiture a été gravement endommagée.  Je m’attendais à être congédié de suite.  Au lieu de cela, j’ai été ignoré pendant plusieurs jours par tout le personnel du garage… jusqu’à ce que le sort me sourie et que je réussisse à vendre une nouvelle voiture. Je me suis soudainement remis dans les bonnes grâces ! L’autre fois où j’ai failli me faire virer, c’est quand j’ai dépensé 110.000 francs belges au lieu des 100.000 autorisés pour acheter une barchetta Miglia 166 Mille Miglia de Touring.  J’ai été pardonné.  Avec l’Écurie Francorchamps, nous avons participé aux courses de fond les plus célèbres du monde, comme Le Mans, Monza, Spa Francorchamps, le Nürburgring, mais aussi Daytona, qui fut mon premier voyage aux USA, en 1967. Je garde un merveilleux souvenir de cette période.

Après cinq ans environ, J’ai quitté Swaters et la Belgique, mais nous sommes restés proches, jusqu’à son décès en 2010.  Je voulais pouvoir m’acheter une Ferrari et j’ai pu rapidement m’en payer une : c’était une Dino 246 GTS, que j’ai acheté chez Garage Francorchamps.  D’autres suivirent, dont une 250 Mille Miglia, un cabriolet 250 GT de la première série, une berlinetta 250 GT, quelques Daytona’s, une F40… Je suis très actif dans les clubs Ferrari depuis leurs débuts et j’y ai rencontré beaucoup de gens très sympathiques.

Que fut l’après Swaters pour vous?

Je voulais gagner un peu d’argent et pour cela, j’ai souhaité devenir cadre dans une grande entreprise. J’ai été embauché par Michelin et j’ai commencé une carrière internationale, qui m’a amené dans dix pays différents en dix ans ! Et ainsi, j’ai pu financer ma première Ferrari. Après 10 ans, dans les années 70, j’ai voulu aller aux USA et vivre le rêve américain. Michelin pensait que j’étais encore trop jeune pour de telles responsabilités et j’ai démissionné.

Ma rencontre avec Albert Uderzo qui, avec René Goscinny, avait donné naissance à Astérix, un héros de bande dessinée populaire, fut un tournant dans ma carrière. Goscinny est décédé en 1977 et Uderzo m’a proposé de créer une entreprise ensemble. Je me suis installé à Paris et j’ai commencé une nouvelle carrière. En plus de l’édition des livres, nous étions également propriétaires des droits de merchandising et je suis toujours fier du parc d’attractions Astérix, une aventure réussie qui a été mon idée de départ. Mais au bout de 10 ans, la nostalgie des voitures m’a pris aux tripes et j’y suis retourné. Uderzo étant lui-même fan de Ferrari – il possédait une 365 P2, une 512 S, une 512 BBLM….Je pouvais passer du temps avec les voitures, mais pas autant que je le voulais. En 1988, j’ai créé mon propre bureau, toujours à Paris et la première chose que j’ai faite a été d’organiser le concours Bagatelle.

Aviez-vous depuis longtemps l’idée d’organiser ce type de concours ?

Au début des années 80, nous avions assisté, mon ami Antoine Prunet et moi-même, au Concours d’élégance de Pebble Beach. Nous avions été stupéfaits par ce que nous avions vu.  Nous y sommes retournés l’année suivante et nous étions encore subjugués.  Un concours d’élégance n’était-il pas un mot français ?  Et en France, des concours d’élégance étaient organisés au début des années 1900 et ont disparu dans les années 1950. Nous y avons travaillé et avons joué un rôle déterminant dans le retour de l’idée en Europe. Ça devait être une bonne idée, au bon moment !  Notre premier concours a eu lieu en 1988.  Ensuite, nous avons approché Jules Heumann, aujourd’hui président émérite du Concours d’Elégance de Pebble Beach, mais à l’époque co-président et nous avons proposé d’échanger nos gagnants.  Là encore, nous avons eu de la chance.  Cela nous a valu une reconnaissance internationale.  J’ai également été invité à être juge honoraire, ce qui, je dois le dire, me plaît énormément.  « Bagatelle », comme la plupart des gens l’appellent amicalement, prit de l’envergure avec le temps.  Avec la complicité de Louis Vuitton, qui a d’abord parrainé l’événement, puis en a été propriétaire, nous avons fait de notre mieux pour prendre soin de nos invités et leur apporter de l’art de vivre français.

Bagatelle a duré jusqu’en 2002, mais le nouveau maire à Paris a interdit l’accès des parcs et jardins publics aux voitures. Nous avons essayé un concours de plus à Saint Cloud, une banlieue de Paris qui n’était pas concernée par la décision, mais le public n’a pas suivi.

Que s’est-il passé après Bagatelle ?

Il fallait repenser notre stratégie. Ainsi, j’ai eu une entrevue avec le PDG de Vuitton, Yves Carcelle et sa responsable des événements corporatifs, Christine Bélanger, deux personnes fantastiques, avec qui j’ai eu le plaisir de travailler. Nous avons décidé de continuer à chercher un lieu approprié pour la suite du concours, tout en veillant à entretenir les relations que nous avions développé avec les collectionneurs et les designers, en remettant deux prix annuels : le Louis Vuitton Classic Concours Award et le Louis Vuitton Classic Concept Award. Le premier a été attribué par un jury à une voiture qui avait remporté le Best of Show dans l’un des concours majeurs du monde, le Best of the Best. Le second a été attribué à un concept-car récent.

Parallèlement, nous avons organisé quelques rallyes dans différentes parties du monde. Nous avons été parmi les premiers à partir en Chine avec des voitures anciennes ! Malheureusement, un changement de direction chez Louis Vuitton en 2011 a mis un terme brutal à toutes leurs activités liées à l’automobile.

Quand j’ai appris que Vuitton s’était retiré, j’ai été approché par deux groupes de luxe qui étaient intéressés à solliciter mes services. Mais j’ai décliné leurs offres, car après avoir travaillé plus de 20 ans avec Vuitton, j’ai pensé que c’était déplacé de travailler avec une entreprise concurrente.

Comment êtes-vous devenu membre fondateur de The Peninsula Classics Best of the Best Award ?

En février 2014, j’ai fait la rencontre de Sir Michael Kadoorie, président du Groupe The Peninsula, au salon Rétromobile de Paris. C’est un grand collectionneur averti. Quand je l’ai vu, j’ai regretté de ne pas avoir pensé à lui avant. Il était le partenaire évident pour relancer le Best of the Best Award. Il a présenté l’idée à son conseil d’administration, qui l’a suivi. Outre moi-même et Sir Michael, les membres fondateurs comprennent également Chip Connor et Bruce Meyer.

Devenir juge de concours, était-ce une vocation pour vous ?

Après avoir établi un contact avec Pebble Beach, j’ai été invité à juger et de fil en aiguille, j’ai été pris au jeu. J’ai jugé et je juge encore en Europe (Bensberg en Allemagne, Ferrari 60e et 70e anniversaire en Italie, Het Loo aux Pays-Bas, Salon Privé en Angleterre, Uniques Special Ones en Italie et en Russie, Le Zoute en Belgique), aux USA (Amelia Island, Cavallino Classic, Pebble Beach), au Moyen-Orient (Koweït) et en Asie (Bund Classic en Chine, Concours d’Élégance du Japon)…..

Je suis également membre du Conseil consultatif international pour la préservation de l’automobile Ferrari (IAC/PFA) et membre fondateur de l’International Chief Judge Advisory Group (ICJAG).

Vous vous êtes fait beaucoup de connaissances, à force de fréquenter des Salons de voitures ?

C’est très important, car j’adore les voitures. Mais surtout, j’aime rencontrer les gens. Des gens comme Enzo Ferrari, Sergio Pininfarina, Dave Holls, Bob Lutz, Mauro Forghieri, Gordon Murray, Phil Hill, Stirling Moss, Derek Bell, Jacky Ickx… J’ai la chance de les connaître, ou d’en avoir connu plusieurs, qui sont maintenant morts. J’aime rester en contact avec eux tous. Je suppose que les deux mots clés sont passion et amitié.

Quelle fut la nature de votre collaboration avec Christie’s?

J’ai aidé à reconstruire l’équipe du département automobile de Christie’s, après le départ de tout le personnel pour lancer leur propre maison de vente aux enchères. C’était un contrat d’un an, qui a commencé en 1989, mais ils ne l’ont renouvelé qu’en 2002 et je suis devenu commissaire-priseur. L’activité principale de Christie’s était cependant l’art et ils ont finalement fermé le département automobile, quelques années après mon départ.

Et quid de Pininfarina…. ?

 La famille Pininfarina est une vieille connaissance, qui remonte aux années 1960, quand je travaillais avec Jacques Swaters. Leonardo Fioravanti et Lorenzo Ramaciotti ont été des juges réguliers à Bagatelle et Sergio Pininfarina a été notre président d’honneur, le seul que nous ayons eu. Quand ils ont décidé de lancer leur département des projets spéciaux, ils m’ont contacté. J’ai présenté Jim Glickenhaus et participé à la célèbre aventure P4/5. L’activité a été arrêtée après qu’Andrea Pininfarina, le PDG de l’entreprise, ait été tué dans un accident de moto en se rendant au bureau. Jim, entre-temps, est devenu un constructeur à part entière et construit ses voitures SGC en très petit nombre. J’ai également travaillé avec les équipes de conception de quelques fabricants.

Vous êtes également connu pour votre intérêt pour l’édition

 J’ai toujours nourri un vrai amour pour les livres, le toucher du papier et l’odeur de l’encre. Ayant été impliqué dans l’édition grâce aux Aventures d’Astérix, j’ai d’abord écrit un livre sur l’amour, une célébration dans l’art et la littérature « , puis, par un concours de circonstances, je suis devenu l’éditeur de la célèbre et respectée  » Année de l’automobile « , qui a lieu chaque année.

Quelles sont vos voitures préférées ?

Les Alfa Romeo 8c suralimentées des années 30 et les voitures de sport Ferrari des années 50 et 60 – plus la Mercedes-Benz 300 SLR Coupé et la McLaren F1. Quant aux pilotes, mes quatre favoris sont probablement Vittorio Jano, Mauro Forghieri, Gordon Murray et Rudolf Uhlenhaut. Et j’ajouterais un cinquième nom : Colin Chapman.

BIOGRAPHIE :

1944 : naissance à Antwerpen, en Belgique

1965 : rejoint l’Écurie Garage Francorchamps de Jacques Swaters

1970 : intègre le manufacturier Michelin où il entame une carrière internationale.

1988 : fonde sa propre société de conseil, spécialisée dans le design automobile et l’organisation d’événements

2005 : création de Louis Vuitton Classic Awards et reprise de l’édition de l’ouvrage de référence « L’année automobile »

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