ANTONY VILLAIN

Le dessin est bel et bien un don et Antony Villain en est la preuve. Le directeur du design d’Alpine est un vrai passionné de dessin et d’automobile. Mais il n’a jamais étudié le design automobile. Très jeune, il a commencé à faire des maquettes et à envoyer ses dessins jusqu’au jour où il a fait la rencontre de Michel Jardin, qui était directeur du design avancé de Renault. C’est grâce à cet homme qu’il a pu intégrer Renault quand il a obtenu son diplôme de l’École nationale supérieure des arts et métiers. Depuis, Antony Villain a fait ses preuves et a gravi les échelons, pour prendre la tête aujourd’hui d’Alpine et offrir à la marque une seconde jeunesse. Rencontre avec un jeune homme doué et passionné.

Comment est née votre passion pour l’automobile ?

Ma première passion est, sans conteste le dessin, mais j’étais également fan de tous les engins mobiles, que ce soit l’automobile, les avions, les bateaux ou encore les motos. Mon père était un vrai passionné et je me souviens parfaitement quand nous allions à «l’Âge d’or» sur le circuit de Monthléry, pour l’automobile ou bien au meeting de La Ferté Alais pour les avions. Donc ce n’est pas étonnant de finir designer dans un tel environnement !

Vous êtes également un vrai passionné du sport automobile. Quelle est votre discipline de prédilection ?

À vrai dire, le sport automobile est une passion plus récente. J’aime en particulier les voitures de sport des années 50 à 70. C’était une époque incroyable et toutes ces machines étaient vraiment superbes. Ce que j’aime avant tout dans le sport auto c’est l’aventure humaine. Il y a tellement d’histoires incroyables, d’exploits et de légendes autour des pilotes et des mécanos, c’est fascinant ! Du coup, la discipline que je préfère est, tout naturellement, l’endurance. Les 24h du Mans restent une course mythique, durant laquelle les amateurs peuvent côtoyer les pros, les mécanos sont aussi importants que les pilotes, tout peut se jouer dans les dernières minutes (2016 !). Ce sont tous ces éléments qui font le charme de cette course et il faut avouer que c’est plutôt rare dans le sport aujourd’hui !

Vous auriez aimé être pilote, plutôt que designer ?

Alors là, vraiment pas ! En plus, je ne vous cache pas que je suis très mauvais pilote ! Je souhaite réellement progresser et rouler plus, mais il est clair que ma passion d’origine est le dessin.

D’ailleurs, comment avez-vous choisi d’étudier le design automobile ?

Eh bien, justement, je n’ai pas étudié le design automobile. Je dessine des voitures depuis l’âge de 12 ans et je n’ai jamais arrêté depuis. À 14 ans, je faisais des maquettes en plâtre dans le garage de la maison. Je dessinais tout le temps. J’envoyais mes dessins un peu partout, pour avoir des avis (il n’y avait pas Internet à l’époque !) et j’ai eu la chance de rencontrer Michel Jardin, qui était directeur du design avancé de Renault à ce moment là. C’est lui qui m’a «coaché», quand j’avais 16/17 ans. En parallèle j’ai poursuivi mes études d’ingénieur Arts et Métiers et quand j’ai cherché du travail, Michel m’a dit «Je t’embauche». J’ai donc appris directement sur le terrain, chez Renault. C’était mon rêve de gamin qui devenait réalité, grâce à Michel. Dès votre sortie de l’école vous avez intégré Renault. Racontez-nous vos débuts. J’ai donc commencé directement chez Renault, sans formation. J’ai appris sur le tas. Autour de moi, il y avait quelques-uns des meilleurs designers du moment, comme Benoît Jacob, Stéphane Janin. C’était très stimulant et j’ai beaucoup appris à leur contact. J’ai commencé par dessiner des monoplaces de course au sein du Studio Prospective et Concept-Car. Ce passage par le studio m’a beaucoup aidé pour parfaire ma formation. J’avais eu l’occasion de travailler sur des projets très différents et il faut dire que participer aux études exploratoires était une vraie chance pour moi. C’est vraiment le rêve de tout jeune designer. J’avais donc dessiné des monoplaces pour Renault Sport (FR2000, FRV6, Renault World Series…), mais aussi des concept-cars. J’ai dessiné l’extérieur du Bebop SUV Concept en 2003 et 2 ans plus tard j’ai travaillé sur le ZOE Concept.

Après de longues années au sein du Groupe, quels projets ont été les plus intéressants à développer pour vous ?

J’avoue que je n’ai jamais eu le temps de m’embêter durant 18 ans chez Renault. Les projets les plus intéressants et également ceux dont je suis le plus fier sont les plus récents. Cela correspond également à ceux réalisés sous l’ère Van den Acker : La Clio : c’était le renouveau de Renault, un projet d’une importance majeure pour l’entreprise. Un super projet et je suis très content de voir que les ventes cartonnent toujours autant depuis 2012 ! Je la trouve toujours très belle, elle ne se démode pas. La Captur : une équipe top, un projet très sympa à faire et une voiture que personne n’attendait dans la boîte, un grand succès commercial également au final. L’Alpine Vision GranTurismo : du pur plaisir, un projet spontané, motivant et une belle rencontre avec l’équipe de Polyphony. Et bien sûr l’A110 2017 (et ses showcars, Vision et célébration). Pour nous c’est bien plus qu’un projet, c’est une aventure formidable !

Quel a été votre sentiment quand vous avez été nommé directeur de design d’Alpine ?

Beaucoup de joie … mais aussi de pression, sans vous mentir ! L’attente était très forte. Également beaucoup de motivation, car il fallait non seulement dessiner la voiture, mais également développer tout l’univers de la marque, du racing au digital, en passant par les showrooms et les produits dérivés. C’est cela que j’adore dans ce boulot.

Qu’est-ce que cette marque signifie pour vous ?

Un mythe, un bout du patrimoine français, des hommes et des femmes qui ont su dépasser toutes les attentes, un palmarès unique au monde. Juste par passion ! Pour lancer le projet, j’ai emmené mon équipe chez Jean-Charles Rédélé, fils de Jean Rédélé, créateur de la marque. On peut y voir tous les plus beaux modèles de toutes les époques, un endroit magique et historique. Nous avons dessiné, photographié, touché, respiré toutes ces voitures, afin de nous imprégner de l’âme de cette marque unique. C’était un moment fort, fondateur et inoubliable !

Quel est votre plus gros défi chez Alpine ?

Convaincre, persévérer, créer en permanence les conditions pour passer à l’étape suivante. C’est la contrainte dans ce genre d’aventures. Personne n’a besoin d’un petit coupé 2 places moteur arrière ! Et je dis toujours : si c’était si facile, toutes les marques du monde auraient leur petit coupé sportif dans la rue ! Voilà, aujourd’hui, nous en sommes là !

Quels sont vos futurs projets au sein de la marque ?

Les idées sont nombreuses, mais aujourd’hui la condition de base est, bien évidemment, le succès de cette A110 nouvelle génération !

Quelle place prend le sport automobile dans l’histoire d’Alpine, avez-vous des nouveautés à ce sujet ?

Le sport a toujours été dans l’ADN de la marque. C’est une des rares marques au monde à avoir été créée par et pour la compétition. C’est pour cela que nous avons décidé de nous lancer dès 2013 en endurance. C’est avant tout l’état d’esprit, «la gagne» qui nous a motivés, ainsi que l’aventure humaine. Certes, nous n’avions pas encore de voiture dédiée, mais nous nous nourrissons en permanence de cette expérience. C’est la capacité de dépassement de soi qui nous anime et depuis 2013, nous avons été double champion d’Europe LMP2 en ELMS, nous avons gagné les 24h du Mans en LMP2 en 2016 et nous sommes champions du Monde LMP2 en WEC. Que demander de plus ?

Vous verra-t-on au volant lors d’une course automobile ? Pas pour le moment ! Mais je compte bien progresser au volant de notre A110. d’autres passions dans la vie ?

J’en ai plusieurs et je suis très curieux, donc je m’en découvre de nouvelles tous les jours ! J’ai une grande passion pour la photographie, en particulier la photo automobile. Je mélange donc mes passions et mon travail ! J’ai un blog depuis une dizaine d’années que j’alimente régulièrement et sur Facebook, j’en tire beaucoup de satisfaction. J’ai également une passion depuis tout jeune pour le skate et le surf. J’essaie de pratiquer régulièrement, même si pour le surf, c’est plus compliqué ! Et les voyages, la découverte des autres, des cultures, de la beauté de notre planète…