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Entretien avec Hassan Tazi : L’autodidacte

Dans l’arène des sports mécaniques, certains noms résonnent par leur palmarès, d’autres par leur passion pure. Hassan Tazi conjugue les deux, avec une intensité rare. Surnommé « le Doc » dans les paddocks, notre invité du jour n’était pas un pilote professionnel au sens strict. Il incarne parfaitement la figure du « Gentleman Driver » marocain. Chirurgien-dentiste de profession à Rabat, il gérait sa carrière sportive avec la même précision que son cabinet médical. Principalement actif dans les compétitions de circuits nationaux entre les années 1989 et 2020, il courait sous les couleurs du club Grand Maghreb dont il fut membre fondateur en 1989, l’un des plus prestigieux du pays. Il a marqué l’histoire du sport automobile national en décrochant le titre suprême de Champion du Maroc en 2009, au volant de sa redoutable Saxo Challenge. Mais au-delà de la compétition, c’est un esthète de la mécanique, dont le garage personnel a vu défiler les plus beaux chefs-d’œuvre de l’ingénierie mondiale : de la fureur technologique d’une Ferrari 458 Italia, au charme intemporel d’une Mercedes Pagode. Des premiers tours de roues improvisés près de la forêt du Hilton aux circuits professionnels, il nous livre le récit d’une vie menée tambour battant, où chaque virage est une émotion et chaque moteur une symphonie.

On dit souvent que la passion automobile prend racine dans l’enfance. Était-ce le cas pour vous?

Tout a commencé par un cadeau de mon père en 1966 : il m’a acheté un mini Solex. Ce n’était qu’un petit moteur, mais pour moi, c’était le début d’une exploration sans fin. C’est là que je me suis improvisé bricoleur. Je ne me contentais pas de rouler, je voulais comprendre comment ça marchait, démonter, remonter… Bref, j’ai très vite appris à mettre la main dans le cambouis. Cette odeur d’huile et d’essence ne m’a plus jamais quitté. Dès que j’ai atteint l’âge de conduire, la passion s’est transformée en une soif de vitesse. Je me souviens de moments mémorables avec mon frère ; on s’emparait de la voiture de notre mère et on partait s’amuser près de la forêt du Hilton. On roulait « à fond la caisse », on testait les limites, on découvrait les premières sensations fortes de la conduite sportive, bien avant de fouler un vrai circuit.

 

À peine majeur, votre garage commençait déjà à ressembler à celui d’un passionné averti. Quelles ont été vos premières montures ?

À 18 ans, dès l’obtention de mon permis, j’ai eu ma première voiture : une Honda Civic. C’était une excellente école. Mais je voulais déjà plus. À 19 ans, je suis passé à une Fiat 132 Mirafiori, une voiture qui avait déjà un certain caractère. Cependant, le vrai choc, le grand saut dans le monde de la performance, s’est produit la même année avec l’acquisition de ma toute première voiture de sport : une Corvette C3 V8 5.7. Imaginez-vous à 19 ans, au volant d’un tel monstre américain ! C’était le passage à une autre dimension, celle de la puissance brute, du couple généreux du V8 et d’un design qui ne laissait personne indifférent. C’est sans doute là que mon amour pour les grosses cylindrées s’est définitivement cristallisé.

 

Votre parcours en compétition est impressionnant, avec en point d’orgue ce titre de champion du Maroc. Comment s’est construite cette carrière de pilote ?

Le vrai déclic pour la compétition date de 1989. Je suis allé chez Dominique Marciano pour préparer une Lancia Delta HF Intégrale. On lui a posé un arceau, on l’a dépouillée, et c’est là que j’ai commencé les joutes mémorables sur circuit, notamment avec notre grand champion Ahmed FADLI. C’était une époque de pure adrénaline.

En 1990, j’ai intégré la catégorie M2 sur une BMW 320i que j’ai piqué à ma mère, toujours préparée avec soin par Dominique Marciano. Mais la course est aussi faite de revers : en 2004, en catégorie M1, j’ai littéralement esquinté le moteur de ma 205 GTI 1.6L en seulement trois mois de compétition. Cela ne m’a pas découragé. En 2006, j’ai acheté cette fameuse Saxo Challenge à Meknès. J’y ai investi énormément, environ 500.000 DH de préparation, pour en faire une bête de course. Cet investissement et tout ce travail ont payé, puisque j’ai remporté le Championnat du Maroc en 2009. Cela a été une fierté immense, surtout qu’il a été remporté de haute lutte, contre  des pilotes aguerris, tels que Mohamed Mennane, Jacky Delaorden ou Adil Fellous. J’ai continué à rouler entre 2010 et 2014 en Clio Cup, avec une petite incursion très amusante en Legend Car, en 2013. Chaque voiture, chaque course a été une leçon de pilotage.

 

Quelle fut votre plus belle course ?

Incontestablement, ma victoire au Grand Prix de Tanger, en 2009. Ce fut l’un de mes succès les plus médiatisés. Sur le circuit sinueux de la ville du détroit, j’ai remporté la victoire en catégorie M1, en présence d’un plateau de pilotes très relevé.

En plus de vos démonstrations sur circuit, vous avez joué un rôle pionnier au sein de votre club, le Grand Maghreb ?

Pensionnaire du Club depuis le début de ma carrière de pilote, j’étais un membre actif lors des assemblées et des événements organisés par ce dernier pour promouvoir la sécurité routière et le sport chez les jeunes. J’ai été également actif au sein des instances de la Fédération Marocaine de Sport Automobile (FRMSA) en tant que conseiller du président Adil FELLOUS et à ce titre, j’ai été derrière l’initiative de la mise en place des catégories : M1 (toute cylindrée inférieure à 1.600 cm³) ; M2 (toute cylindrée inférieure à 2.000 cm³) ; M3 (toute cylindrée supérieure à 2.000 cm³ et M4 : Moteur turbo R5 GT.

Votre collection personnelle fait rêver. Quelles sont les voitures qui ont le plus compté pour l’amateur de belles mécaniques que vous êtes ?

J’ai eu la chance de voir passer entre mes mains des voitures extraordinaires. Chez Ferrari, j’ai possédé des modèles aux tempéraments très différents : la 599 GTB pour sa puissance dévastatrice, la 488 GTB et la 458 Italia pour leur précision chirurgicale, mais aussi des modèles plus atypiques, comme la Ferrari 412 ou la GTC4 Lusso, qui allient luxe et performance.

Porsche a également une place centrale dans ma vie. Outre la 928 de mes débuts, une machine fantastique, j’ai possédé plusieurs générations de 911 : la 996 Phase 1 et Phase 2, ainsi que la 997 Carrera 4S Phase 2. Ce sont des voitures d’ingénieurs, faites pour être poussées. Mais je ne suis pas qu’un homme de vitesse pure ; j’aime l’objet automobile. Ma Mercedes Pagode représente pour moi le summum de l’élégance classique. Enfin, j’ai aussi une Alfa Romeo 4C préparée, une petite bombe de légèreté, qui procure des sensations très proches de la compétition.

Avec une telle expérience, existe-t-il encore une voiture, une icône, qui manque à votre palmarès émotionnel ?

Même après avoir conduit des Ferrari modernes et des Porsche de pointe, mon rêve reste une icône du passé : la Porsche 930 Turbo. C’est la « Widowmaker », la voiture brute par excellence. Pour moi, elle représente l’essence même de ce qu’est une voiture de sport : un moteur turbo caractériel, une ligne intemporelle et une conduite qui ne pardonne rien. C’est la voiture que j’aimerais posséder, pour boucler la boucle de cette passion.

 

On parle beaucoup de quatre roues, mais vous êtes aussi un grand amateur de deux-roues, n’est-ce pas ?

Absolument, la passion du moteur ne s’arrête pas au nombre de roues. Ça a commencé très tôt, en parallèle du Solex, avec un Mini Trail Honda de 1974. C’était le jouet parfait pour apprendre l’équilibre. Plus tard, j’ai possédé la mythique XT 500, une moto de caractère, très « coupleuse », un vrai plaisir à piloter. Aujourd’hui, mon approche de la moto a évolué vers le voyage et le grand confort, c’est pourquoi je roule en Honda Goldwing 1800. C’est un salon roulant, mais avec un moteur six cylindres, qui reste une merveille de technologie.

 

Pour conclure, quand vous ne cherchez pas la trajectoire parfaite ou que vous n’avez pas les mains dans un moteur, comment vous évadez-vous ?

L’évasion est toujours liée à une forme de sport et de maîtrise. J’ai toujours été passionné par le ski alpin et le ski nautique, deux disciplines où l’on retrouve cette recherche de la bonne glisse, de la courbe parfaite. Mais je dois admettre que ces derniers temps, c’est le golf qui occupe la majeure partie de mon temps libre. C’est un sport radicalement différent de l’automobile, par son calme, mais il demande une rigueur et une concentration qui rappellent étrangement la précision qu’il faut avoir à l’entrée d’un virage sur circuit. C’est ma manière à moi de rester compétitif, tout en profitant d’un cadre plus apaisé.

 

Biographie :

1958 : naissance à Rabat.

1984 : obtient  le diplôme de chirurgien-dentiste.

1989 : démarre sa carrière de pilote, au volant d’une Delta HF intégrale.

2009 : consacré champion du Maroc en catégorie M1 au volant d’une Citroën Saxo.

 

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