Dans le monde entier, il existe des clubs regroupant les inconditionnels de chaque marque. Mais il faut avouer que la Scuderia del Portello, qui regroupe les fans d’Alfa Romeo, a de quoi se distinguer. À sa tête, un homme, dont la passion pour les modèles du Biscione s’est transformée et a grandi de jour en jour. Marco Cajani est un architecte, qui depuis qu’il a acquis sa première Alfa Romeo, est devenu un adepte des modèles italiens, que ce soit pour un usage quotidien ou encore sur les différents circuits qu’il a sillonnés. Pilote titré avec différents modèles, sa passion lui a permis de prendre la tête de la Scuderia del Portello en 1989, pour développer ses activités et lui offrir plus de visibilité. À un moment où Alfa Romeo veut revendiquer plus que jamais sa sportivité, ce club est une vitrine parfaite, d’autant plus qu’il regroupe des membres du monde entier. Nous avons rencontré cet Alfisti de premier ordre, qui a accepté de partager avec nous sa passion pour la firme du Biscione.

Comment est née votre passion pour l’automobile ?

Mon beau-frère était un revendeur Alfa Romeo. J’ai donc toujours passé beaucoup de temps avec les pilotes et les équipes de la Scuderia. J’étais souvent présent sur le circuit de Monza et c’est un peu comme cela que ma passion pour cette marque est née. Au fil des ans, elle n’a cessé de grandir et de se développer. Parlez-nous de vos débuts dans le monde de l’automobile et surtout dans celui de la course Vu mes antécédents, j’ai tout naturellement commencé la course automobile au volant des voitures Alfa Romeo et plus précisément avec la Giulia GT Veloce en 1965. C’était une voiture de production que j’utilisais pendant la semaine pour aller travailler et durant les weekends, il me suffisait de changer 2 pneus et les 4 bougies. Je participais aux différentes courses, mais rapidement, j’ai viré vers les courses de côte.

Quelle est votre histoire avec Alfa Romeo ?

Selon vous, quel modèle de la marque est le plus mythique ? À vrai dire, mon histoire avec Alfa Romeo a démarré avec les voitures GranTurismo. Une des voitures les plus mythiques à mes yeux est la Giulia GTA, avec laquelle j’ai participé à plusieurs courses, entre 1966 et 1967.

Combien de modèles avez-vous acquis jusque-là ?

Je pense que là, je s’en suis à une cinquantaine.

Que pouvez-vous nous dire de la Scuderia del Portello ?

La Scuderia del Portello est le club Alfa Romeo officiel, dont les membres sont propriétaires de modèles historiques, produits par la firme du Biscione, qui ont été préparés pour la course automobile. Le club officiel est basé au Centro Direzionale Alfa Romeo à Arese. En 1982, le magazine «Autocapital» a créé le trophée Autocapital Europa. Pour les pilotes européens détenteurs de voitures GT historiques, ce trophée était un peu comme le championnat européen. Luca Gandori, qui était à la tête du magazine à ce moment-là avec ses amis les plus proches, Edilberto Mandelli, Pietro Rondo, Giorgio Schön, Stefano Senin et Renato Ughi, avait demandé au département Presse et Relations publiques d’Alfa Romeo de soutenir cette initiative. La firme italienne a donc été le sponsor officiel de ces collectionneurs de voitures classiques, pour préparer leurs véhicules pour cette épreuve continentale. Après cela, il a créé le premier club officiel à Milan, ouvert aux membres qui possèdent des modèles historiques d’Alfa Romeo. Lors de la 1re édition du Trophée, Pietro Rondo et Edilberto Mandelli ont respectivement décroché la 1re et la 2e place de la catégorie G3. Les années suivantes, Giuseppe «Beppe» Lucchini a remporté la European Cup des GT historiques, au volant de son Alfa Romeo Giulia TZ1. Depuis, le Club n’a jamais cessé son activité, gagnant en force d’année en année, lors des courses et événements, que ce soit au niveau national ou international, avec des membres dans le monde entier. Durant ses 30 ans d’existence, la Scuderia del Portello a remporté d’innombrables victoires pour Alfa Romeo, à la fois dans les courses de voitures historiques et modernes. Notre passion pour les rallyes et raids intercontinentaux nous a conduits à organiser et à participer à des événements à l’instar de La Carrera Panamericana à Mexico, le London- Sydney Marathon, le London-Mexico Rally, le Pekin to Paris Rally, ainsi que le «Raid della Fratellanza e della Pace» (Raid de la fraternité et de la paix).

La Scuderia del Portello compte sur une structure professionnelle pour transporter le matériel et les voitures, un atelier camion pour l’assistance, mais aussi un camping-car, qui fait office d’accueil. Par ailleurs, le club a organisé et coordonné des événements dédiés aux voitures historiques depuis de nombreuses années, dont le plus célèbre reste le Trophée Tutto Alfa, organisé lors de la Coupe Intereurope à Monza. Il faut dire que la Scudria del Portello est le gardien du patrimoine historique du musée d’Arese et que pendant plus de 20 ans, elle s’est chargée de l’organisation et de la promotion de l’«Alfa Romeo Champions» AwardCeremony.

Quand vous avez commencé la compétition, vous utilisiez la même voiture que pour votre quotidien. Pourquoi cela ?

À cette période-là, acheter des véhicules spécialement dédiés à la course supposait énormément de frais et je ne pouvais pas me le permettre. C’est pour cette raison que j’ai choisi une voiture qui à la fois, m’offrait une satisfaction lors de mon usage quotidien et qui était en plus performante lors des courses. Vous savez, c’était une vraie aventure et on profitait de chaque instant. Le chemin qui nous menait vers les villes où se tenaient les courses était déjà une vraie partie de plaisir. Vous avez dû arrêter la compétition pendant quelques années.

Comment avez-vous vécu cela et comment a été votre come-back ?

En 1970/71, je participais aux courses avec une Fulvia HF 1300 gr.4. Cette saison là, j’avais eu un accident, qui m’avait obligé à m’éloigner des pistes jusqu’en 1983. À l’époque, je ne connaissais pas encore le monde des voitures historiques, mais je travaillais, en tant qu’architecte, pour une personne qui avait un atelier de carrosserie. Là, il y avait une Giulietta SS 1300, préparée pour la course (elle portait déjà le nom Scuderia del Portello), que le propriétaire avait besoin de vendre. Alors je l’ai achetée et c’est à ce moment-là que je me suis retrouvé catapulté dans le monde des courses automobiles historiques. Au début, je pensais que c’était des courses moins exigeantes et que, pour cette raison, j’aurais pu revenir au monde de la course assez facilement. Mais c’était loin d’être le cas.

Quelles ont été vos meilleures voitures de course ? Avec laquelle avez-vous remporté le plus de victoires ?

Les meilleures ont été sans conteste : La Giulietta et la 1900, modèles Sprint et Berline, la Giulia GTA, la Sport Prototype, la F1. Avec les Giuletta, j’ai gagné 4 titres européens, avec la 1900, j’ai remporté le Tour Auto et le Tour of Spain and Portugal. Avec d’autres modèles que j’ai eus, j’ai participé à plusieurs rallyes internationaux. Une fois, c’était au volant d’une Alfa Romeo Giulia. En 1986, vous avez remporté le championnat européen.

Quel souvenir en avez-vous gardé ?

C’était vraiment une année fantastique. Je courais au volant de la Giulietta Zagato 1300 et il faut dire que réussir à s’imposer face à une voiture comme la Lotus Elite sur les circuits européens c’était vraiment un beau moment de gloire. En 1989, vous êtes devenu président de la Scuderia del Portello.

Qu’est-ce que cela signifiait pour vous ? Quels changements avez-vous adopté ?

J’ai commencé tout d’abord par considérer la Scuderia del Portello comme un rassemblement de beaucoup d’Alfisti (nom donné aux amateurs de la marque italienne). Je pensais que je pouvais aider à ranimer l’histoire d’une marque du calibre d’Alfa Romeo sur les circuits européens et dans le monde entier, grâce à tous les modèles, à commencer par les 1900, dont le slogan était «la voiture familiale qui gagne des courses». J’ai donc pensé à une structure se rapprochant d’une vraie équipe de course, ce qui était et est toujours le cas d’ailleurs. C’est la seule Scuderia officielle d’une marque de voitures.

Comment est né le Trofeo Alfa Romeo 156 ?

Nous avons pensé avant tout à tous ces passionnés de voitures qui ont eu la chance d’acheter une Alfa Romeo à un très bon prix. Le Trofeo était organisé par Alfa Romeo. Nous étions présents avec quelques membres de notre club, ainsi que des clients des concessionnaires partenaires, pour qui nous avons mis à disposition notre «Servizio Corse» sur les circuits.

Que pensez-vous des courses de voitures modernes ?

Je pense qu’il faudrait mettre un peu plus en avant des courses avec des voitures, je n’irai pas jusqu’à dire qui peuvent être utilisées au quotidien, mais qui seraient très proches des modèles de production, pour permettre à beaucoup de personnes de découvrir ce monde. Scuderia del Portello participe aux 24 Heures du Nurburgring.

Envisagez-vous de participer à d’autres courses d’endurance ?

En fait, nous voulons participer avec des voitures modernes aux courses d’endurance, seulement si nous avons le support d’Alfa Romeo. Dans ce cas, nous utiliserions des voitures de production, avec des équipements de sécurité. Cela permettrait à toutes les personnes qui se sentent passionnées par ce monde de participer à ces événements merveilleux, avec des prix très raisonnables, sachant que la voiture qu’ils utilisent chaque jour peut se transformer le weekend pour leur permettre de vivre leur passion sur les circuits.

Comment voyez-vous le futur de la Scuderia del Portello ?

Je le vois toujours comme un magnifique point de rassemblement entre Alfisti qui viennent des 4 coins du monde. Nous avons la possibilité de devenir l’actuel musée historique d’Alfa Romeo, mais un musée dynamique, pas statique, qui se déplacerait sur les différents circuits. J’espère que cela conduira à l’implication de beaucoup plus de personnes, en leur faisant découvrir la marque Alfa Romeo, une marque italienne dont l’histoire a commencé dans un premier temps sur les circuits. Il ne faut pas oublier que la Scuderia Ferrari est née avec des voitures Alfa Romeo. J’adorerai que cela se reproduise à nouveau. Vous passez beaucoup de temps sur les circuits.

Avez-vous quand même d’autres passions ?

Non, pas vraiment. Ma seule autre passion est mon travail d’architecte, mais je ne suis plus très loin de la retraite, il faut dire.