Toujours à l’écoute, simple et agréable, Tiziano Carugati est un des plus grands vendeurs et collectionneurs d’anciennes voitures de luxe en Suisse. Pourtant, rien ne semblait prédestiner ce Genevois amateur de belles mécaniques à une telle vocation, lui qui a démarré sa carrière derrière les fourneaux du restaurant paternel. Son attachement à l’automobile s’explique en partie par sa famille, qui entretient des liens privilégiés avec les automobiles de prestige, notamment avec Ferrari, un univers qui est pour eux une vraie passion.

Ambitieux et téméraire, Carugati va concrétiser son désir à travers la création d’une entreprise qui propose un large éventail de modèles neufs et d’occasion, aussi luxueux qu’exclusifs. Les véhicules, dont de rares pièces de collection, sont exposés dans un showroom de Plan- les-Ouates à Genève. Outre un parc automobile d’exception, la renommée internationale de Carugati Automobiles s’est aussi édifiée sur un accueil, un service et un suivi exemplaires, pratiqués auprès de chacun de ses clients. Cette notoriété se renforce lorsque le Genevois devient le représentant en Suisse de l’orfèvre automobile, Horacio Pagani. En marge du Salon de Genève, notre gentleman driver a bien voulu accepter de répondre à nos questions sur sa passion, son parcours et ses ambitions futures.

Comment avez-vous attrapé le virus de la passion pour l’automobile ?

Mon père était cuisinier, mais cela ne l’a pas empêché d’éprouver une grande passion pour l’automobile. C’est à partir de l’âge de 12/13 ans que j’ai commencé à partager avec lui sa passion pour la mécanique. Ainsi, on s’amusait à démonter les moteurs complètement, on les refaisait et on les remontait pour les mettre dans des Fiat 500 Abarth. Depuis mon enfance, j’étais plongé dans la mécanique et je savais de quoi était fait un moteur. Après, j’ai dû arrêter l’école, car je n’étais pas très fan des études. Donc, je me suis attelé à faire un apprentissage de mécanicien de précision. J’étais également passionné de course automobile et surtout de F1 mais je n’avais pas les moyens financiers pour faire des courses à l’époque. Quand j’ai terminé ma troisième année d’apprentissage, mon père venait de reprendre un restaurant italien. Cela m’a inspiré l’idée de travailler avec mon père dans son restaurant de Vandoeuvres et c’est ainsi que j’ai décidé de devenir cuisinier. J’étais très passionné par la cuisine. J’ai travaillé avec lui pendant 16 ans, mais mon père était un peu conservateur dans ses idées, tandis que moi, je voulais injecter une dose d’innovation dans la cuisine qu’on faisait. Mon père n’a pas accepté ma démarche alors que moi je bouillonnais d’idées et j’avais envie de sortir des sentiers battus. C’est ainsi que j’ai décidé de me payer à 21 ans une Ferrari grâce à mes économies. Ensuite, j’en ai acheté une deuxième et je l’ai revendue et j’ai fait l’acquisition d’une troisième Parallèlement à ma nouvelle activité, je continuais à travailler avec mon père. Toutefois, mon business commençait à prendre de l’importance et mon père, qui avait constaté la chose, m’a demandé de faire un choix. Évidemment, j’ai choisi la voiture. Et cela fait 30 ans que je vis de cette passion pour l’automobile.

Quelle a été votre première voiture ?

Une Ferrari 308 GT4 2+2 grise d’occasion, que j’ai acquise en ayant recours à un leasing que j’ai remboursé au bout de deux ans. Mais comme pour moi, une Ferrari doit être rouge, je me suis payé une autre 308 dans cette couleur. Après, j’ai acheté une 308 GTS, la BB, la Testarossa et la F40. En somme j’ai presque essayé toute la gamme du constructeur de Maranello (rires…) Comment votre père vous a-t-il impliqué dans l’entreprise familiale ? C’est venu tout seul. Mon père avait une belle affaire et je me suis dit pourquoi aller travailler ailleurs, surtout que j’étais très passionné de cuisine. J’ai appris ce métier sur le tas. J’ai fait le cours de cafetier dans la perspective de reprendre le restauration, mais cela ne s’est pas fait, finalement.

Avez-vous procédé à la restauration de voitures ?

Quand j’ai quitté mon père, je roulais dans une F40 et deux GTO qui n’étaient pas homologués en Suisse et donc je ne pouvais les faire rouler qu’avec une plaque de garage. Cela m’a poussé à m’associer avec un ami qui avait une carrosserie pour avoir ces fameuses plaques de garage et pouvoir rouler légalement. Quelque temps après, j’ai dû reprendre la carrosserie parce que mon ami n’était pas sérieux. Et c’est à partir de là que j’ai réalisé beaucoup de restaurations de Ferrari. Dans ce garage, on faisait de la carrosserie normale, mais à côté, je faisais de la restauration de voitures anciennes. À cette fin, j’ai engagé un sellier. Après, je me suis rendu compte qu’il était très difficile de gagner sa vie en faisant ce métier. Donc, j’ai poursuivi l’achat et la vente de voitures. Finalement, je me suis résolu à abandonner la carrosserie, parce que ça devenait trop compliqué à cause de la difficulté de trouver du personnel qualifié.

L’achat et la vente de voitures anciennes étaient-elle un bon filon à l’époque ?

J’ai connu de 1984 à 1990 une période faste, où il y avait beaucoup de spéculation. Il s’agissait d’une montée hallucinante des ventes de voitures de collection. Par spéculation, les acquéreurs achetaient tout ce qui leur tombait sous la main, mais sans passion. Et après, j’ai vécu une parenthèse difficile, durant laquelle les voitures ont perdu 80% de leur valeur. Mais à partir de 2000, l’activité a fini par repartir doucement. C’est d’ailleurs lors de cette année-là que j’ai fait l’acquisition d’un espace de 1.200 m2 à Plan- les-Ouates, parfait écrin pour accueillir une vingtaine de bolides d’exception. Depuis 2010, nous vivons une situation qui dépasse de loin celle des années 80, car les prix grimpent à un rythme vertigineux, à cette différence près que les acheteurs d’aujourd’hui ne sont que des passionnés, qui assouvissent leurs souvenirs d’enfance ou leurs rêves de jeunesse. De nos jours, les clients sont prêts à traverser les océans pour acheter l’automobile tant désirée, à l’image de cet homme qui s’est déplacé à mon garage depuis la Polynésie française. J’ai également attendu plus de vingt ans pour acheter une Dino 246 GTS à une connaissance qui n’était pas pressée de s’en séparer. Certaines voitures de collection sont très difficiles à dénicher aujourd’hui. En règle générale, les voitures que nous vendons proviennent de sources que nous connaissons parfaitement. Nous n’avons pas une grande confiance dans les voitures importées.

Avec le développement technologique, la restauration est-elle devenue difficile ?

Si on n’est pas un agent spécialisé avec un outillage spécialisé, on ne peut plus toucher à certaines voitures comme la Ferrari. Même en cas de panne de batterie, impossible de pousser la voiture. C’est de la folie !

Expliquez-nous votre passion particulière pour les Pagani

Une grande partie de ma passion, je l’ai vécue à la découverte de Pagani. Le premier modèle de la marque a fait son apparition en Suisse en 1999, à l’occasion du Salon de Genève. Je faisais la visite avec quelques amis et je suis tombé sur la voiture, nichée dans un petit espace. Et comme j’étais mécanicien de précision, j’ai été impressionné par la sophistication mécanique et la technologie embarquée. J’ai donc pris rendez-vous et je suis parti à l’usine pour essayer la voiture. À partir de ce moment là, j’ai eu l’envie de récupérer la carte de la marque en Suisse, mais cela ne s’est pas fait, pour différentes raisons. En 2003, j’ai rencontré un autre ami également passionné de voitures et je lui ai proposé de prendre la représentation de Pagani. J’ai donc réalisé le projet avec Jean-Pierre Clément. Pendant des années, j’ai vu la marque se développer et j’ai eu l’impression d’avoir affaire à un constructeur de Ferrari des temps modernes. Je suis toujours passionné par la marque. J’étais le représentant exclusif de Pagani en Suisse mais à partir de 2015, il y a eu l’ouverture d’une autre agence. Actuellement, je n’ai plus de voitures à vendre. Tous les arrivages de 2016 sont déjà réservés. La marque italienne présentera une Huayra roadster lors du prochain Salon, mais sa commercialisation ne se fera que six mois plus tard. Par rapport aux autres constructeurs de supercars, j’apprécie particulièrement Pagani, parce que c’est une petite entreprise qui conserve encore un côté artisanal et reste très proche de ses clients. C’est une marque italienne, très haut de gamme, qui produit uniquement en série limitée. Tout y est : ingénierie de pointe, sportivité, et prestige. Tout cela en fait l’une des meilleures et plus exclusives supercars du monde, si ce n’est la meilleure.

Que représente l’occasion dans votre offre ?

J’adore vendre des voitures d’occasion, parce que cela représente moins de contraintes : la voiture est sur place et la décision d’achat se prend plus rapidement. J’ai vendu jusqu’à maintenant une quarantaine de Pagani neuves et d’occasion. J’ai également réussi à écouler plus de 2.000 Ferrari en 30 ans !!! Et si je n’ai pas cherché à être représentant de la marque au cheval cabré, c’est que j’avais envie de garder ma liberté et de faire ce que je voulais.

Finalement, vous êtes un vrai passionné de voitures italiennes…

Oui, j’ai eu la chance de pouvoir acheter un bâtiment qui me permet de présenter une bonne partie des voitures à disposition, toutes aussi fabuleuses les unes que les autres. Ferrari bien sûr, mais aussi Jaguar, Porsche, Rolls Royce, Lamborghini, Alpine… sans oublier Pagani, dont nous avons été l’agent exclusif en Suisse.

Avez-vous gardé quelques voitures dans votre garage ?

Au départ, je n’ai pas réussi à mettre quelques voitures de côté, surtout pendant la décennie difficile (1990- 2000). Aujourd’hui, j’en garde quelques unes dans mon garage, parce que je suis plus tranquille.

Êtes-vous un fan de la vitesse ?

Pour rouler vite, je préfère le circuit. Cette démarche permet à chacun de mesurer ses limites et de se rendre compte de l’inutilité de rouler vite sur route. C’est pour cette raison que je préside le Club 1898, qui propose différentes activités à ses membres, dont parfois des sorties en circuit.

Quel rapport entretenez-vous avec la clientèle ?

Il se trouve que les véhicules destinés à la vente le sont par de véritables passionnés. L’équipe de Carugati est ainsi le trait d’union avec les acheteurs, d’autres passionnés, qui savent que leurs voitures seront cédées aux bonnes personnes. Ici, on met un point d’honneur à suivre ensuite les véhicules. S’ils ont besoin de quoi que ce soit, je m’occupe de tout et trouve les bons interlocuteurs pour les menues réparations, la carrosserie, etc. Le but est de garder les voitures dans un état aussi parfait que celui dans lequel elles ont été livrées. Nous tenons à connaître personnellement acquéreur et vendeur, afin d’apporter le meilleur service possible.

Quels sont les services que vous leur proposez ?

Notre agence automobile se charge d’informer la clientèle sur les derniers modèles Pagani, Ferrari, donne des conseils avisés pour l’entretien du véhicule et informe sur les modalités de reprise ou sur les promotions en cours en ce qui concerne les automobiles de la marque.

Quel regard portez-vous aujourd’hui sur le marché de la voiture de collection ?

C’est un marché en pleine évolution et les pays émergents comme la Chine et l’Inde ont beaucoup d’importance. Les gens aujourd’hui considèrent la voiture comme un beau meuble de collection. Donc, le marché de la voiture de collection recèle à mon avis un gros potentiel. La Suisse est le marché de l’automobile de collection le mieux entretenu au monde. Il compte une centaine de grands collectionneurs et se hisse en tête du classement proportionnellement au nombre d’habitants. Environ 10% de la production de collections spéciales part directement en Suisse dès sa mise en vente. Posséder une automobile de collection permet en effet d’entrer dans le cercle fermé des clubs et de participer à des concours d’élégance, rallyes ou épreuves à vocation historique comme le Tour Auto, la Coupe des Alpes, le Gstaad Classics ou encore les Mille Miglia. Ces événements prestigieux entretiennent la dynamique, favorisent l’échange entre passionnés et contribuent au final à l’achat de voitures. Si Internet joue un rôle non négligeable pour la vente, il n’en reste pas moins que partager le plaisir de rouler ensemble, de voir et de toucher la voiture, reste une expérience irremplaçable.

Avez-vous participé à des courses ?

J’ai fait des rallyes dont le rallye du Maroc, des rallyes classiques Mais je le fais pour le plaisir. À vrai dire, j’apprécie de moins en moins ce genre de compétitions, parce qu’on ne fait que massacrer les voitures. En outre, certains passionnés riches n’hésitent pas à préparer leurs voitures anciennes, et de ce fait ils pervertissent quelque part l’esprit de ces courses. À côté, je participe à une série V de V Endurance Series- championnat de course automobile fondé en 1992, qui regroupe plusieurs courses d’endurance et de sprint, en utilisant des véhicules modernes et historiques- avec une Audi R8.

Quel est votre meilleur souvenir ?

Participer au Rallye Pagani avec Horacio et Cristina Pagani, qui étaient devant moi, Horacio conduisant sa propre voiture construite par lui-même. J’ai le privilège de compter parmi les amis de Pagani, qui est un homme extraordinaire. Je le compare souvent à Enzo Ferrari. Comme lui, il construit des voitures-passions, exclusivement.

Quelle course vous fait encore rêver ?

Mon rêve est de participer au 24H du Mans, mais c’est une course tellement dangereuse… je pense que cela restera toujours un rêve… Mais j’aime tellement les voitures et la conduite que je me régale sur d’autres courses et rallyes.

Quelle est votre auto préférée ?

La Pagani Zonda F.

Quels sont vos autres hobbies ?

Visiter de nouveaux pays et aller à la rencontre de nouvelles cultures.

Avez-vous transmis votre passion à vos enfants ?

Animé par la passion de l’automobile, mon fils Fabrizio a rejoint l’entreprise familiale en 2003. Il est aussi passionné que moi et j’en suis très heureux. Sa manière de présenter les voitures au client révèle le degré de son amour pour les voitures d’exception, surtout les Ferrari. Ainsi, Fabrizio a un faible pour la Ferrari Daytona, la Ferrari Dino ainsi que pour l’Alpine Renault.

Biographie:

1953: Naissance à Genève

1988: Prend une carte de garagiste et s’associe à un carrossier.

2000: Acquiert un espace de 1.200 m2 à Plan-les-Ouates à Genève pour l’exposition de ses véhicules

2003: Devient agent exclusif de la marque Pagani en Suisse

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