Les téléspectateurs marocains se sont habitués à sa voix chaleureuse et communicative quand il commente en direct sur la deuxième chaîne le Race of Morocco. Lui, c’est Stéphane Roux, un personnage pour qui les arcanes du monde fascinant de l’automobile, et surtout le sport automobile, n’ont plus de secret. Il voue depuis sa plus tendre enfance une admiration pour les pilotes de la formule 1 qui confine à la dévotion. Il a pu approcher ces idoles grâce à sa casquette de journaliste spécialisé dans l’automobile. Stéphane Roux a également connu le plaisir de la compétition, en s’invitant dans de nombreux rallyes ou courses sur circuit qui n’ont pas manqué de forger son caractère. Aventurier à ses heures perdues, notre homme est un amoureux de l’Afrique qu’il a parcourue en long et en large et surtout du Maroc, sa terre d’accueil depuis 9 ans. Ce touche-à-tout de l’automobile, comme il aime à se définir lui-même, nourrit de grands espoirs pour le Race Of Morocco qui représente, selon lui, un grand vecteur de développement du sport automobile dans le Royaume. À travers cet entretien accordé à Gentlemen Drivers, Stéphane Roux retrace un parcours d’une grande richesse et livre ses impressions sur le futur du sport automobile au Maroc. Le regard est somme toute imprégné de beaucoup d’optimisme.

Depuis quand êtes-vous passionné par l’automobile ?

Je suis tombé dedans un peu comme Obélix quand j’étais tout petit et sans vraiment savoir pourquoi. Comme tous les petits garçons de mon âge, j’ai très vite joué avec des voitures miniatures, mais j’étais également capable à 6 ans, de citer la marque et le type précis de chaque voiture dans la rue ! Les murs de ma chambre étaient recouverts de photos de mes idoles de l’époque, comme François Cevert, Johnny Servoz Gavin, Jacky Ickx ou Emerson Fittipaldi. À la stupéfaction de ma famille, mon maigre argent de poche passait exclusivement dès 12 ans dans l’achat des revues spécialisées comme Sport Auto ou Échappement. Comme le dit si bien Charles Aznavour, je me voyais déjà en haut de l’affiche, comme superstar de la F1 ! J’ai assisté à ma première course automobile lors du Grand Prix de France de F1 en 1969 à Charade, où j’avais eu la chance avec mon oncle de vivre la course dans un poste de commissaire ! Toute ma vie, je me souviendrai de la bagarre qui avait opposé Jean- Pierre Beltoise sur une Matra MS80 à Jacky Ickx sur sa Brabham-Ford pour la seconde place du podium derrière l’intouchable Jackie Stewart. Ce jour là, le virus des sports mécaniques était définitivement entré en moi…. Par la suite, je me déplaçais régulièrement en train pour assister à des courses comme les fameux 1.000km de Paris à Montlhéry ou aux Coupes de l’AGACI.

J ai eu un soir la chance de me retrouver à l’Escargot, le restaurant du circuit, où à la table juste à côté tous les pilotes de Matra en sport prototype festoyaient… Il y avait, Beltoise, Cevert, Pescarolo et même Jack Brabham, le champion du monde de F1, qui était à l’époque sociétaire du team lors de certaines épreuves en proto. Inutile de vous préciser que j’ai sorti mon petit carnet rouge pour faire signer des autographes à chacun d entre eux, carnet qui pendant 15 ans n’a pas quitté mon cartable d’écolier. Très vite, mon père qui travaillait dans l’aéronautique m’a orienté vers ce domaine, prétextant à juste titre que le sport auto était réservé à une élite fortunée. Effectivement, à l’époque, il fallait être aisé et surtout, le karting n’était pas encore développé comme aujourd’hui pour former à moindre coût les jeunes. Finalement, suite à de bons bulletins scolaires et à ma réussite à un examen de l’Aéro club de France, je suis devenu avec des bourses d’État le plus jeune pilote de France breveté planeur et avion dès le jour de mes 15 ans ! À l’époque à l’école, mes camarades de classe pensaient que j’étais mythomane lorsque je leur racontais mes vols en avion du week-end jusqu’au jour où j’ai fait la une avec ma photo du plus grand quotidien national, France Soir. Je volais durant le week-end et allais le lundi matin à vélo à l’école… Cependant, au fond de moi, mon rêve secret était de vivre de ma passion première, être pilote automobile. À défaut, j’ai finalement réussi à côtoyer ce milieu, puisque pour mon premier job, je suis devenu archiviste à l’Automobile Magazine, qui était à l’époque le journal français de référence. Comme test de recrutement, le rédacteur en chef de la rubrique sport, Christian Moity, m’avait demandé de légender au dos une cinquantaine de photos. À sa stupéfaction, toutes mes légendes étaient rigoureusement exactes et je me suis donc retrouvé à classer quelques 7.500 photos couvrant quelque 40 ans de sport auto ! Il est vrai que ma chambre était devenue un vrai kiosque automobile… Six mois plus tard, toujours grâce à Christian Moity qui m’avait envoyé sur mon premier reportage du haut de mes 19 ans et sans aucune expérience de terrain, je me suis retrouvé à table entre Nelson Piquet et Niki Lauda, à la conférence de presse de BMW à Munich.

Je jubilais. Je suis resté une dizaine d’années dans cet univers du journalisme, en couvrant à travers le monde de très nombreuses épreuves automobiles, comme le Championnat du monde des rallyes, le Paris-Dakar, les 24 Heures du Mans ou… les 500 Miles d’ Indianapolis, invité à m’y rendre par un des grands constructeurs du Concorde ! Finalement, le journalisme m’a vraiment permis de vivre au contact direct de ma passion et surtout comme j’aime à le dire, le tout en étant payé !

 

Biographie
Né le 29 aout 1958 à Neuilly sur Seine
Marié à Souad et vit à l’Ourika
Directeur de l’Organisation de Race Of Morocco depuis 2009
Consultant TV sur 2M
Auteur de :
Les Seigneurs de la Formule 1 (Éditions Dargaud)
L’Épopée Matra (Éditions Bias)

Être journaliste sportif permet de rencontrer toutes les stars de ce sport ?

Effectivement, en étant journaliste spécialisé, j’ai rencontré à l’époque des pilotes de toutes les disciplines. J ai encore en mémoire l’interview de Jacky Ickx, que je devais aller faire à Bruxelles, chez lui. Je suis parti en train et après un moment merveilleux à son contact, il m’a proposé de me raccompagner à Paris en voiture avec sa Porsche 928 GT. Ce fut la première fois que j’ai dépassé sur l’autoroute les 300km/h compteur, avec un Jacky Ickx au volant répondant à mes questions en toute quiétude… Une autre anecdote mémorable a concerné un article que je devais rédiger sur Alain Prost, encore totalement inconnu du grand public et qui venait de survoler le Championnat de France de Formule Renault en gagnant 12 des 13 courses programmées, en 1977 ! Arrivé à Saint Chamond près de St Etienne où il vivait encore chez ses parents, fabricants de meubles de cuisine, Alain est arrivé au rendez vous vêtu d’un simple survêtement de l’armée, au volant de la Renault 15 jaune de sa mère. En voyant la Renault 5 Alpine, flambant neuve que le parc presse du constructeur m’avait confiée pour ce reportage, Alain m’a demandé s’il pouvait l’essayer. Après une cinquantaine de kilomètres… à fond sur les petites routes qu’il connaissait par coeur, le futur quadruple champion du monde de F1 m’a chaleureusement remercié, en m’expliquant qu’il n’avait jamais conduit une voiture aussi puissante…

Aujourd’hui encore, il se souvient parfaitement de cette anecdote. L’année suivante, j’ai suivi, à la demande du pétrolier Elf et de Renault, comme journaliste, l’intégralité de la saison d’Alain Prost en championnat d’Europe de F3, allant de circuit en circuit en sa compagnie… à bord d’un jet privé. Cela crée des liens. J’ai vécu des moments forts également avec les rallymen comme Jean-Luc Thérier ou Bernard Darniche, mais aussi des pistards comme Bob Wollek, Eric Helary ou Jean-Marc Gounon, qui savaient vivre et faire partager… tout en étant des champions réputés au palmarès fourni. Sans vouloir être nostalgique d’une autre époque, je dirai que jusqu’à la fin des années 90, les pilotes, même au plus haut niveau savaient se déconnecter lorsque qu’ils quittaient leur siège baquet. À titre d’exemple, pour mon mariage, j’avais invité à la réception une bonne dizaine de pilotes amis pour venir fêter l’heureux événement. En fin de soirée, quelque peu arrosée par certains, j’ai eu droit à une véritable course de 5 ou 6 voitures au beau milieu de la pelouse de la propriété louée ce jour là pour mon mariage. Je ne vous raconte pas la tête qu’ont fait mes beaux-parents… Aujourd’hui, tout s’est professionnalisé à l’extrême et un pilote est totalement soumis à son environnement, comme les sponsors et autres managers, qui l’autorisent à peine à respirer… J’avais et j ai toujours des liens étroits avec certains pilotes et je suis heureux de les accueillir ici à Marrakech, lorsqu’ils viennent en vacances.

Est-il vrai que vous détenez toujours un record du monde automobile ?

C’est vrai que je figure toujours dans le livre des records, le fameux GUINNESS BOOK, avec un vrai défi de vitesse pure, homologué entre Paris et Dakar !Avec Franz Hummel, le créateur des 24 Heures sur glace de Chamonix, nous nous sommes lancé un défi peu banal. L’idée était de rallier Paris à Dakar non stop, jour et nuit, pour établir un temps record. Nous avons choisi pour la symbolique le parcours original du rallye Paris-Dakar, celui des années 80 cher à Thierry Sabine, son créateur. Ce défi complètement fou a finalement séduit beaucoup de partenaires, qui se sont joints à nous et en 3 mois nous avons préparé un Range Rover en prototype (V8 de 390ch), avec la bagatelle de 600 litres à bord ! Une vraie bombe roulante…Après 20 jours de reconnaissances très précises du parcours, nous avions fixé notre départ à la mi-décembre devant la mairie de Paris, seulement 15 jours avant le départ du rallye Paris Dakar. Nous avons roulé à fond jour et nuit en nous relayant au volant du Range Rover sur les pistes, mais aussi hors piste, soit 8.200km. De Paris, le parcours nous a fait traverser l’Algérie, le Niger, le Mali et le Sénégal, le tout à la boussole, car le GPS n’existait pas ! Plus de 20 ans plus tard, ce record de 5 jours et 20 minutes tient toujours, malgré plusieurs tentatives d’autres équipages, qui ont toutes échoué ! À l’époque, lors des reconnaissances, pour gagner du temps, nous avions enterré des fûts d’essence dans le désert comme au Ténéré et pour passer les douanes plus vite, nous avions déchiré des billets de banque en deux, promettant aux douaniers de repasser dans 2 semaines avec l’autre moitié du billet….. Je me souviens qu’en arrivant au Sénégal, tant ma fatigue était grande, je voyais des fers à repasser voler devant le pare-brise alors que Franz en plein désert avait évité de justesse de percuter à fond de 5e … le seul arbre debout à 500km à la ronde.

Le rallye Paris-Dakar semble vous avoir beaucoup marqué….

Avant tout, j’aime l’Afrique, que j’ai découverte lors de nombreux séjours ou reportages. Pour moi qui n’avais connu que le béton des villes françaises, me retrouver dans le Sahara ou sur les plaines aux pieds du Kilimandjaro a été un vrai choc émotionnel. Idem pour la découverte des populations locales. Le rallye Paris-Dakar reste dans ma vie d’homme, l’événement sportif sans aucun doute qui m’a laissé le plus de souvenirs. À travers mes 13 participations, soit en tant que journaliste soit en tant que pilote, j’ai vécu des moments formidables et inoubliables. Il faut imaginer que la course durait 22 jours et quelque 13.000km ! Une année, nous étions avec mon copilote totalement perdus dans un vent de sable et sans aucune visibilité en plein désert du Ténéré, lors de l’édition 83. Brutalement, alors que je pilotais à vue et à très faible allure sans aucune visibilité, j’ai entre-aperçu, me doublant à 150km/h Hubert Auriol allongé sur sa moto BMW, avec sa seule boussole ! Il a réussi à gagner l’étape moto à Agadez, longue de 540km, avec 1h 45’ d’avance sur le second ! Il m’a avoué plus tard qu’il avait totalement pété les plombs et qu’il n’avait jamais en 22 participations pris autant de risques que ce jour là. J ai toujours eu une très grande admiration pour les motards du Dakar, connus et inconnus et aussi un très grand respect pour des pilotes comme Stephane Peterhansel ou Hubert Auriol. En 1984, avec 2 autres équipages de journalistes, lors d’un bivouac dans une forêt impénétrable au Sierra Léone, nous étions autour du feu lorsque nous avons vu apparaître toute une tribu de véritables pygmées ! Je pense qu’ils n’avaient jamais vu d’hommes blancs. Après les … présentations d’usage, nous avons réussi à partager notre repas, qui ce soir-là était composé d’un authentique cassoulet toulousain ! J ai hélas aussi vécu de vrais drames comme la disparition en 86 de l’organisateur du rallye, Thierry Sabine, un homme au charisme extraordinaire, qui m’a fait découvrir et aimer l’Afrique pour toujours. Thierry était une sorte de Lawrence d’Arabie des temps modernes, qui avait une vision incroyable de l’aventure et qui était un meneur d’hommes incroyable. J ai perdu des amis intimes comme Gilles Lalay sur le Paris – Le Cap en 1992, le multiple champion du monde d’enduro moto, auquel j’avais fait découvrir les rallyes auto six mois plus tôt. Parfois le destin est cruel. Gilles, qui était en tête de l’épreuve et roulait peinard en liaison après une rude journée, s’est fait percuter par une voiture de médecins qui remontait la piste à contresens pour aller soigner un motard accidenté !

Devenu journaliste, puis agent de relations publiques et enfin organisateur, vous avez finalement réussi à piloter en course…

Sans moyens financiers quand j’étais plus jeune, j’ai dû attendre quelques années et une situation professionnelle dans le sport auto pour pouvoir enfin assouvir mon désir de piloter. Il est vrai aussi qu’en tant que journaliste, j ai pu essayer en de maintes occasions de véritables voitures de course. De la Peugeot 205 sur le Paris-Dakar à une authentique Arrows V10 F1 de 750 chevaux, sans oublier des autos légendaires comme la Lancia Stratos ou encore l’Audi Quattro Sport de Walter Rorhl, j’ai pu piloter, pardon, conduire, de magnifiques voitures. Sans être un grand champion, j’ai pu grâce à mes activités professionnelles dans le milieu des courses participer à de très nombreuses compétitions. J ai réussi en 83 à gagner un volant réservé aux journalistes dans une école de pilotage, me permettant de rouler en Formule Ford et faire une saison en championnat d’Europe. Au début des années 2000, j‘ai participé avec succès à des courses d’endurance VHC comme aux 24 Heures du Paul Ricard (2e au général) mais aussi au championnat de France GT avec une Porsche GT3RS en décrochant la 3e place au classement général. J’ai partagé le volant la 1re saison avec Jean-Philippe Belloc, le champion du monde GT, qui m’a vraiment beaucoup appris. C’est un pilote surdoué et un garçon charmant, mais hélas trop timide pour arriver en F1. En rallye, j’ai participé à la Coupe Peugeot 104 sur terre et à plusieurs reprises j’ai couru des rallyes comme les fameux 1000 Pistes à Canjuers, qui se dispute sur un immense terrain militaire. Je continue à participer à des rallyes en voitures de compétition anciennes, comme le Monte Carlo historique où je retrouve chaque année des grands rallymen de l’époque et j’ai même remporté le Rallye du Maroc Classic avec ma berlinette Alpine 1600SC. Dans ces rallyes historiques, on retrouve une vraie et saine ambiance comme à l’époque et si sur les spéciales chronométrées on ne se fait pas de cadeau, le soir en revanche, on partage le couvert, toujours dans une ambiance de fête ! Le Rallye du Maroc organisé depuis 3 ans par l’ancien champion d’Europe des rallyes ,Yves Loubet est vraiment fantastique, car on peut y voir les plus belles voitures des années 70 et 80, pilotées par d’authentiques champions comme Erik Comas ou Philippe Gache.

Vous êtes un vrai touche-à-tout de l’automobile ?

C’est un peu vrai que j’ai touché à beaucoup de choses dans ce milieu et pour une fois je n’ai pas obéi à ma grand-mère qui m’a élevé et qui ne cessait de me répéter : «Arrête de vouloir tout faire et concentre-toi plutôt sur une activité pour la faire parfaitement…» Après avoir été journaliste, je suis rentré dans l’industrie au milieu des années 80, en étant recruté par l’importateur français Sonauto (Porsche, Mitsubishi, Seat et Yamaha), comme directeur de la communication et des relations publiques. C’était beaucoup moins excitant que le journalisme, mais ô combien passionnant de travailler au quotidien pour des marques comme Porsche ou Mitsubishi. À la fin des années 90, Porsche a décidé de monter une filiale à 100% en France et l’usine de Stuttgart m’a proposé d’en être le patron de la communication et de la compétition.

J ai été de 88 à 2002 le boss du Trophée Carrera Cup et je me suis également occupé pour Porsche de la vente des voitures et des pièces détachées pour la compétition. Cela m’a permis de diriger le team Porsche-Sonauto avec 2 Carrera Cup que je pouvais mettre à disposition de pilotes invités. J’ai ainsi eu sous mon aile protectrice des pilotes de Formule 1 comme Olivier Panis, Jean-Pierre Jarier, Jacques Lafitte, Philippe Alliot, Jean-Louis Schlesser, Sébastien Bourdais ou Yvan Muller. J’ai permis aussi à des personnalités du showbiz de découvrir le pilotage sur circuit, comme Johnny Hallyday et son fils David ou encore des sportifs renommés comme la multiple championne du monde de judo Marie-Claire Restoux, Éric Barone, qui détient le record du monde de VTT à près de 200km/h, Laurent Bourgnon, vainqueur de la Route du Rhum (voile), Guerlin Chicherit, le freerider de l’extrême, mais aussi le boxeur marocain Khalid Rahilou, champion du monde des super légers WBA, les footballeurs Nicolas Anelka et David Ginolaou, les tennismen Guy Forget, Yannick Noah ou Henri Leconte. J’ai même vendu des Porsche à Hicham Arazi, à l’époque. Toujours au chapitre des souvenirs chez Porsche, j’organisais tous les ans avec Moët et Chandon et Porsche, le Volant des chefs. Il s’agissait d’inviter l’espace d’un long week-end des grands chefs de cuisine avec 1,2 ou même 3 étoiles au Guide Michelin et des pilotes de renom. La règle du jeu consistait pour les chefs à apprendre à cuisiner aux pilotes et bien sûr aux pilotes à enseigner l’art du pilotage aux chefs…Souvent en cuisine cela se terminait par des bagarres générales avec des oeufs, voire même des pâtisseries à la crème qui volaient à travers les tables et au volant, je dois dire qu’un bon nombre de Porsche revenaient quelque peu froissées…d’ailleurs, le plus souvent par des pilotes qui dans ce type de manifestations se «lâchaient» au volant. Une année, je suis allé récupérer une 911 encore fumante dans le mur d’une gendarmerie ou comme à Imola, Jean Alesi voulant absolument faire un tour de circuit au volant…du bus transportant ses petits camarades invités. Bilan de l’opération, un bus visiblement trop haut encastré dans la passerelle du circuit !

Il y a prescription et le but de ces opérations de relations publiques était de vendre des voitures à tous ces VIP… Opérations parfaitement réussies, puisque aujourd’hui encore, de très nombreux pilotes de F1 et de grands chefs étoilés roulent en Porsche. J’ai été également à quelques reprises, team manager comme l’année où Jean- Louis Schlesser, Jacky Haran et Philippe Streiff ont fini avec leur Rondeau M379C, 2e au classement général des 24 Heures du Mans 81. Une joie indescriptible… car tout avait très mal commencé avec la disparition suite à un accident de la route d’un pilote espagnol qui devait courir avec nous. Appelé en renfort quelques jours avant les 24 Heures, Jean-Louis Schlesser acceptera de venir, malgré un gros différend avec l’autre pilote du team, Philippe Streiff avec lequel il s’était accroché lors du GP de Monaco F3 quelques semaines auparavant ! Enfin, aujourd’hui, vous m’entendez régulièrement comme consultant à la télévision marocaine (2M) pour commenter les sports mécaniques comme le WTCC. En Europe, je suis chaque saison le speaker de certains événements comme le Tour Auto et Le Mans Classic. Cela me permet de rester au contact avec le milieu du sport auto et de prendre beaucoup de plaisir à partager avec le public ou le téléspectateur cette passion pour les sports mécaniques. J’aime encore toucher à tout…

Vous semblez toujours entretenir de belles relations avec certains pilotes….

C’est exact. Je suis encore très proche de certains pilotes, avec qui je partage des passions communes, comme la plongée sous-marine et l’enduro moto par exemple. Il est possible qu’un jour ici au Maroc vous m’aperceviez débouler sur un chemin avec Sébastien Loeb, Soheil Ayari, Cyril Desprès ou Luc Alphand. Avec Luc, c’est une histoire incroyable d’amitié mais aussi de passion commune. Après l’avoir admiré comme skieur et surtout descendeur hors pair*, nous nous sommes retrouvés un soir par hasard au restaurant à Val d’Isère. Quelques bières plus tard, je lui ai proposé un défi de taille, participer au Rallye Paris Dakar qui devait se tenir 2 mois plus tard ! J’avais déjà remarqué en roulant avec lui qu’il conduisait bien et surtout, comme tous ces champions de ski qui avalent les pentes à 140km/h, ils ont d’excellentes bases pour les trajectoires et souvent peur de rien… Nous avons tenu notre pari et 6 ans plus tard, il remportait l’épreuve sur un Mitsubishi ! C’est un sportif hors norme, avec un physique incroyable et qui apprend très vite. Il a couru à plusieurs reprises les 24 Heures du Mans en Porsche et malgré un très grave accident en enduro moto, il continue à pratiquer le sport à haut niveau comme la voile, durant les transats.

* (Vainqueur au classement général de la Coupe du monde 1997 et de la Coupe du monde de descente en 1995, 96 et 97)

Quelles sont vos voitures préférées ?

J ai une passion pour les voitures de rallye et je dois avouer que la Lancia Stratos groupe IV reste à mes yeux un must. Elle a tout gagné en rallye et reste même aujourd’hui indémodable coté lignes. Disons que je peux admirer une Renault 8 Gordini comme une Porsche 911, mais pour être franc, je suis d’abord captivé par les grands constructeurs qui possèdent de beaux palmarès sportifs comme Porsche ou Ferrari. Leur histoire respective est tout aussi belle que leur production et saluons ces véritables génies qu’étaient Enzo Ferrari et Ferdinand Porsche. Je ne suis pas également insensible aux motos en général et je roule d’ailleurs au quotidien en Husqvarna 900cc. J’ai un profond respect pour les pilotes de moto GP, un sport extrêmement dangereux, mais ô combien spectaculaire. Quand on voit un Valentino Rossi ou un Casey Stoner sortir en glisse d’une courbe à 200km/h, je dis : respect !

Pourquoi cette installation au Maroc, il y a maintenant 9 ans ?

vision de la vie. J ai voulu changer d’air pour faire mon deuil et après un rapide tour du monde, où j’ai d’ailleurs pu pratiquer la plongée sur les plus beaux spots de la planète, je suis venu passer quelques jours au Maroc. Je connaissais bien ce pays pour y avoir séjourné en vacances et aussi participé à des raids et autres rallyes. J’ai trouvé le pays plutôt agréable à vivre et les gens beaucoup plus souriants qu’en Europe. Je me suis dit : «Pourquoi ne pas m’installer à Marrakech, moi qui cherchais à connaître un quotidien différent». J’ai importé de Taïwan des buggys PGO, puis vendu des motos italiennes et enfin un jour j’ai eu la chance de rencontrer Aly Horma, qui m’a fait part d’un projet automobile. Pour être franc, j’étais assez méfiant, car depuis mon installation ici, j’avais eu vent de 50 projets de circuits auto et même de Grand Prix de F1… sans aucune réalisation.

Cependant, le projet était sérieux et entre Aly Horma et la famille Zahid (Menara Préfa) tout semblait carré et particulièrement professionnel. Ils cherchaient un homme avec une expérience du sport automobile et de l’organisation pour accompagner ce projet d’un circuit en ville pour recevoir une manche du WTCC. La suite, vous la connaissez et je ne serai jamais assez reconnaissant pour leur confiance. À l’aube de cette 4e édition de Race Of Morocco à Marrakech, ce rendez vous a désormais sa place au calendrier mondial de la Fédération internationale de l’automobile (FIA).

Avec votre expertise du sport auto en Europe, le Maroc était un vrai challenge ?

Effectivement, depuis 1958 et le dernier véritable Grand Prix de Formule 1 à Casablanca, les courses internationales en circuit ont totalement disparu au Maroc, à part les épreuves locales. Il a fallu redonner l’envie, mais surtout fédérer tout le monde ici autour de ce projet et ce n’était pas une mince affaire. Ce n’est pas un secret de dire que nous avons fait des prouesses, car partir d’une feuille blanche pour obtenir une manche mondiale de WTCC est un véritable exploit ! Malgré bien des embûches et de nombreuses contrariétés, le team de Marrakech Grand Prix a été exceptionnel et encore aujourd’hui, il faut saluer toute l’équipe qui pendant 4 mois travaille quasiment jour et nuit pour la réussite de cet événement. Le Maroc et les Marocains aiment le sport en général. Il reste à leur faire partager notre passion des sports mécaniques et je suis sûr que d’ici 10 ans, le Maroc sera une grande nation du sport auto, pour peu que tout le monde aille dans le même sens… Inchallah !

Qu’en est-il du programme du Race of Morocco 2013 ?

Nous aurons pour la toute première fois au Maroc une vraie course d’endurance GT avec Ferrari, Porsche, Lamborghini, Aston Martin et autres McLaren qui durant 2h d’épreuve vont animer les rues de la zone de l’Aguedal aux sons de leurs mélodieuses mécaniques!! Côté projet, sachez que le premier week-end d’octobre en collaboration avec nos amis de Rallystory, Hervé Charbonneaux et Stéphane Giraud nous allons organiser le 1er Grand Prix Historique de Marrakech! Ce week-end consacré à la voiture ancienne de compétition réunira sur le paddock des périodes allant des années 30 à la fin 70 ! Il s’agira de célébrer les plus grandes marques automobiles et de permettre au public marocain de revoir ou de découvrir pour les plus jeunes ici à Marrakech les plus belles et les plus illustres voitures de course à travers des marques comme Bugatti, Samson, Cooper, Lotus, AC Bristol , Alfa Roméo, Abarth et encore beaucoup d’autres prestigieuses ! De très nombreux pilotes à travers l’Europe mais aussi aux USA et au Japon ont déjà répondu présents pour ce 1er rendez vous. Je suis heureux que cet événement puisse voir le jour ici à Marrakech où la dernière course internationale, les Circuits de Marrakech s’est tenue en 1954 !

 

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