Connu dans les milieux d’affaires comme étant un businessman doué, Khalid Kabbage est également un grand amateur de sport automobile. Une passion cultivée depuis l’enfance où il rêvait un jour de goûter aux sensations fortes et de sentir l’adrénaline monter au détour d’une course mouvementée. Mais paradoxalement, cette soif pour le sport auto qui a bourgeonné à un âge précoce, n’a été étanchée que tardivement. La pratique du karting a permis à Khalid Kabbage de mettre le pied à l’étrier et de se familiariser avec l’univers exigeant du sport automobile. Son choix s’est porté par la suite sur les rallyes-raids, synonymes de liberté, également de côtoyer les grands noms de ce sport comme Schlesser et Shinozuka, entre autres… Mais s’il y a une chose dont notre gentleman driver est vraiment fier, c’est d’avoir transmis sa passion à ses enfants, avec lesquels il partage son amour pour le sport automobile, mais aussi pour les sports nautiques et de glisse. Le temps d’un entretien, cet hédoniste amateur d’aventure nous a ouvert les portes de son jardin secret, histoire de partager avec nous les moments forts de son riche parcours.

Comment avez-vous attrapé le virus de l’automobile ?

Je me suis passionné pour l’automobile dès mon enfance. Le monde des quatre roues me fascinait et à chaque fois qu’une belle voiture passait devant moi, je ne pouvais pas m’empêcher de la fixer avec insistance. Quelques années plus tard, mon intérêt a commencé à s’orienter davantage vers les courses. À l’époque, nous n’avions pas beaucoup de moyens. Nous vivions bien, mais sans plus. Dépenser de l’argent dans l’achat d’une voiture et l’équiper était hors de question. Mais je me suis alors dit que quand j’aurai plus de temps et plus de moyens, je ferai des courses.

Vous souvenez-vous de votre première voiture ?

C’était une BMW 525 modèle 78 d’occasion, que mon père m’avait achetée. A l’époque, je venais de rentrer des États-Unis où j’avais poursuivi mes études supérieures.

Au pays de l’Oncle Sam, j’ai acheté une vieille Pontiac Bonneville, avec laquelle j’ai sillonné tout le pays. À la fin de mon séjour, je l’ai rapatriée au Maroc. Je faisais Casa-Agadir de nuit, parce que la voiture n’était pas dédouanée (rires…). Finalement, j’ai été obligé de la dédouaner et ça m’a coûté «bonbon», car à l’époque, les frais de dédouanement avoisinaient les 270%. Quand mon père a pris connaissance du joli petit pactole qu’il devait débourser, il était hors de lui, mais finalement, il a acquiescé, parce qu’il a constaté que cela me rendait heureux.

Comment avez-vous mis le pied à l’étrier en sport automobile ?

Comme n’importe quel débutant, j’ai commencé par le karting en 1996. J’ai aimé les voitures très tôt, mais je me suis mis aux sports mécaniques, très tard (rires…). J’ai acheté un kart d’occasion avec lequel je m’amusais sur la piste de Khouribga. Il m’arrivait d’emmener mon fils Nadir qui est devenu champion du Maroc de kart et qui va faire les Campilios (ndlr, manche du championnat du monde de kart en Espagne). Je lui ai transmis ma passion et aujourd’hui il est un grand mordu de sport automobile. Ma fille, Naïma, fait également partie du club. Elle est venue petit à petit vers ce sport. L’année dernière, elle a participé au rallye des Gazelles et elle a terminé à la 29e place sur 150 participantes. Cette année, elle va refaire l’aventure. Elle a, en outre, décroché la troisième place au Sahara Challenge 2013.

Quand vous êtes-vous lancé dans la compétition ?

Ma première participation à une course remonte à 2003, à l’occasion du Rallye ORPI. Une course qui succède aux fameux Rallyes du Maroc et à celui de l’Atlas et qui est organisée par Cyril Neveu, plusieurs fois vainqueur du Rallye Paris-Dakar. Je conduisais une Nissan Patrol qu’on surnomme «l’enclume». Au départ, j’ai misé sur une voiture louée en France, mais dont le moteur a cassé au bout de 30 km. C’est là que je suis parti voir le fameux préparateur Dessoude qui m’a conseillé la Patrol. Il m’a dit que si je voulais finir le Rallye, il fallait opter pour cette voiture, parce qu’elle est incassable.

Et effectivement, avec cette voiture j’ai non seulement pu rallier l’arrivée, mais j’ai pu me classer à une honorable 25e place sur 70 participants. Paul Belmondo, qui est un très bon pilote est arrivé derrière moi. J’avais comme copilote un cousin polytechnicien, Guy Ducros, qui jouit d’une excellente connaissance du terrain, pour avoir sillonné durant de nombreuses années les routes du Maroc. J’ai fait trois fois ce rallye et j’ai terminé la dernière année à la vingtième place. J’ouvre ici une parenthèse pour dire que le travail du copilote est très important pour un pilote qui cherche la victoire ou à tout le moins à réaliser une bonne performance. Car c’est lui le cerveau qui guide le pilote dans des parcours qui sont le plus souvent sinueux et escarpés. Certes, il m’est arrivé parfois d’avoir des bisbilles avec mon copilote, créant un climat électrique, mais dès que la tension retombe, on se rabiboche et l’ambiance bon enfant s’installe à nouveau. À vrai dire, nous formions une bonne équipe et nous nous sommes vite pris au jeu. Et comme l’appétit vient en mangeant, à mesure que nos performances s’amélioraient, nous commencions à rêver de meilleurs résultats. Mais très vite, nous avons été rattrapés par la réalité, du fait que nous ne sommes que des amateurs et qu’il était dangereux d’aller plus loin. En effet, la réalisation de meilleurs résultats implique une vitesse toujours plus importante et par ricochet une prise de risque plus importante.

À partir de ce moment là, j’ai cherché à continuer la course automobile mais à moindre risque. C’est ainsi que j’ai jeté mon dévolu sur le Rallye du Maroc Historique d’Yves Loubet, qui est plus convivial, plus sympathique. C’est une course de vrais gentlemen drivers. Certes, tous les participants sont hantés par la victoire, mais ils sont tous d’une correction et d’une éducation qui force le respect ! Ce rallye allie tout ce qui est pilotage, paysage et accueil chaleureux de la part des spectateurs amassés des deux côtés de la route pour acclamer les pilotes. En 2012, j’ai participé à ce rallye avec Solène Szys en tant que copilote au volant d’une Ford Escort MK1et j’ai terminé à une honorable 30e place.

Quels sont les meilleurs moments que vous avez vécus dans votre carrière de pilote ?

Je me rappelle avoir vécu de très bons moments au Rallye ORPI. C’était lors d’une spéciale reliant Tan Tan Chbika à Laâyoune sur une distance de 450 km, où on devait rouler pendant 15 km sur du «fechfech» (ndlr de la poudre du désert), qui pénètre partout dans la voiture au point de la sentir s’enfoncer. Par la suite, nous avons traversé des lacs secs avec beaucoup de buissons. Et comme on roulait à plus de 160 km/h, il fallait faire gaffe afin de ne pas se faire prendre dans les ornières. À un moment, nous avons été doublés par Paul Belmondo qui croisait à plus de 200 km/h mais peu de temps après, nous l’avons trouvé coincé dans un oued (rires….). C’est une course qui use à la longue, parce que tous les pilotes étaient accablés par la chaleur du désert qui pouvait atteindre 60° dans les cockpits !!! Et c’est à cause de cette chaleur qu’on ne portait pas de combinaisons, la plupart des pilotes se contentant de shorts et de tee-shirts.

Et les mauvais moments ?

C’était lorsqu’on avait raté un virage, en prenant à gauche. Ce genre d’erreur ne pardonne pas et ce fut la sortie de route assurée. J’ai freiné au dernier moment contre un bloc. Nous étions à 100 m d’un point de contrôle (CP). Heureusement qu’il y avait un participant qui a tracté la voiture à l’aide d’une corde pour nous sortir de là. L’autre frayeur, c’était dans les dunes lors du Rallye ORPI. Il y avait un dénivelé de 50-60m !! On passait les dunes et on ne savait pas ce qu’il y avait derrière. En arrivant sur une dune, Cyril Neveu dans l’hélicoptère m’exhortait à la passer alors que j’hésitais à le faire.

Finalement, j’ai pris mon courage à deux mains, et j’ai franchi le pas. Mais au moment d’atterrir sur le plat, j’ai enclenché la troisième au lieu de la première et j’ai calé. Heureusement que le célèbre pilote japonais des rallyes-raids, Shinozuka, dont la voiture avait cassé, était juste à côté pour m’aider à repartir.

Quels sont les autres sports que vous pratiquez ?

J’ai participé au Rubson Raid Turquoise Aquatic Concept qui est une course de bateaux unique. Il s’agit de zodiacs propulsés par de puissants groupes Yamaha qui peuvent atteindre la vitesse de 80 km/h. L’adrénaline est évidemment là, mais le cadre est également intéressant puisque les courses se passent généralement dans certains des endroits les plus inaccessibles de la planète : îles paradisiaques de Thaïlande ou en Martinique… Je pratique également beaucoup de ski nautique, de jet à bras, du stand-up paddle pendant les weekends. La plupart du temps je pratique ces activités en compagnie de mes enfants. J’ai fait par ailleurs dix fois de la motoneige au Canada.

Cette relation viscérale avec la mer et les sports nautiques m’a conduit à réaliser un projet qui me tenait trop à coeur : le lancement du premier « Surf, Yoga & Spa Resort » au Maroc. Ce projet est devenu une réalité depuis 2011, en partenariat avec François Payot, fondateur de Rip Curl Europe et passionné de surf. Situé au coeur d’une véritable oasis de trois hectares faisant face à l’Océan Atlantique, ce resort repose sur l’alliance du surf et du yoga qui est indubitablement le meilleur moyen de revitaliser les voyageurs au rythme de l’océan. garder sur la voie. Et c’est justement ces bons réflexes qu’une équipe de professionnels parrainée par le grand champion Yvan Muller (ndlr, plusieurs champions de France de pilotage sur glace) s’échine à inculquer aux heureux bénéficiaires de ces stages de pilotage.

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