Il est le nouveau promoteur du Rallye Classic. Lui, c’est Jean-Noël Lanctuit, qui mesure tout le poids de l’héritage et entend s’inscrire dans les pas de son illustre prédécesseur, le regretté Rageys. Ce dernier a réussi à faire de ce rallye un rendez-vous incontournable pour les amateurs des anciennes voitures. L’évènement a également une forte dimension sociale, qui se traduit dans l’aide apportée aux populations démunies des villages traversés. Ces caractéristiques font la singularité de ce rallye et Jean-Noël Lanctuit entend les préserver, tout en apportant sa touche personnelle. Il faut dire que les qualités ne manquent pas à ce mordu d’automobile. Cette passion l’a pris en tenaille depuis sa plus tendre enfance. Ayant des facilités naturelles à taquiner la zone rouge, Lanctuit s’est vite illustré sur les circuits où il a croisé le fer avec de futurs pilotes de F1. La discipline reine du sport automobile a justement été le grand rêve qu’il n’a pas réussi à concrétiser, faute de moyens financiers suffisants. À ces qualités sportives s’ajoutent des compétences managériales incontestables, qui lui seront d’une grande utilité pour réussir la gestion d’un évènement de l’envergure du Rallye Classic. À la tête d’une agence d’évènementiel et gestionnaire depuis de nombreuses années d’un circuit de pilotage, le nouveau patron est suffisamment outillé pour réussir ce challenge. Lors de cet entretien, Jean-Noël Lanctuit ouvre son petit jardin secret aux lecteurs de Gentlemen Drivers et leur livre son regard sur le Rallye Classic du Maroc et ses perspectives d’évolution future, ainsi que son avis sur le sport automobile marocain.

Êtes-vous passionné d’automobile depuis l’enfance ?

Et si oui, avez-vous hérité cette sensibilité de vos parents, de votre entourage ? Oui, je suis tombé dans la potion magique à l’âge de 10 ans et à l’origine de ce déclic, il y a eu la célèbre course mancelle, avec Steve Mc Queen. En la suivant, j’ai découvert un appétit pour le sport automobile et surtout une envie de devenir un jour pilote de course. Le hasard a voulu que je ne participe jamais à cette course mythique, qui a été pourtant à l’origine de la passion que j’éprouve encore aujourd’hui pour le sport automobile. L’aura d’Elga Andersen, la belle brune du film, a été également pour quelque chose dans l’émergence de cette passion ! Dans ma famille ou mon entourage proche, personne n’était mordu de sport automobile, mais je devais probablement avoir quelques facilités naturelles, car j’étais toujours en tête des concours de kart pour enfants, de ma petite ville de province. Tenter de passer de champion de mon village à champion tout court a été un chemin de croix dont je ne suis jamais venu à bout! Il faut dire que j’avais beaucoup plus de plaisir à taquiner la zone rouge qu’à réussir une agrégation en philosophie.

Vous rappelez vous de votre première voiture ?

Oui, je m’en souviens très bien. C’était une 4L camionnette, acquise au terme d’un travail d’été laborieux à l’aube de mes 18 ans, mais ma première vraie voiture a été une Porsche Carrera achetée en 1992 à un ami trader, qui souhaitait faire place nette dans son garage et acheter sa première maison. En achetant cette sportive, j’ai réalisé un fantasme qui me taraudait depuis plusieurs années C’était un achat tardif , car la fait d’avoir été très tôt pilote au service d’un constructeur, je n’ai jamais eu le besoin d’acquérir un véhicule, car je bénéficiais toujours de prêts par une marque ou une autre.

En revanche, mon intérêt pour les voitures anciennes est venu plus tard , en même temps que ce côté «collectionneur» d’objets et de montres, toutes proportions gardées, bien sûr. J’avais un faible pour Mercedes, et du coup j’ai cherché à m’acheter la collection des Mercedes proposées aux pilotes de F1 de l’époque. C’est ainsi que j’ai pu acquérir une 350 SEL 6,3 de 72, puis une 450 SEL 6.9 de 92, avant de succomber au charme de la fameuse 500 E de 98, qui continue encore à m’emballer comme au premier jour. Par la suite, je me suis offert une Jaguar type C réplica Proteus qui me fascinait, car elle répond parfaitement aux standards que j’attends d’un véhicule de 65 (Gros moteur, lignes viriles mais arrondies, caractéristiques de course avec son coté non ostentatoire et un bruit extraordinaire).

Comment avez-vous mis le pied à l’étrier du sport automobile ?

Lorsqu’on n’a pas beaucoup de moyens, il n’ y a pas beaucoup d’alternatives et la solution qui s’impose, c’est d’intégrer une école de pilotage. À l’époque, de nombreuses écoles proposaient leurs services, mais l’une d’entre elles permettait d’accéder directement à la Formule 3. J’ai opté sans hésitation pour cette dernière donc car mon âge (21 ans) m’imposait de brûler les étapes pour pouvoir accéder à la discipline reine, la Formule 1. J’ai donc intégré l’école AVIA et j’ai enchaîné rapidement plusieurs courses du championnat d’Europe, du championnat de France avec un passage par le prestigieux circuit de Monaco pour ma première année en sport automobile. Il s’en est suivi quatre années de monoplace sur les plus beaux circuits européens , qui représentent encore aujourd’hui les plus belles années de ma vie. Outre certaines performances sportives, le meilleur moment a été le jour de cette victoire qui m’a ouvert les portes de la compétition, moi qui ne venais de nulle part. D’autres furent plus pénibles, comme cette course de F3 en 1988, quand je tentais de passer en tête de course et que le champion d’Allemagne de l’époque m’a envoyé dans un trottoir après le casino…Il est presque certain que cette victoire à Monaco m’aurait aidé pour la suite de ma carrière !

Biographie
Né le 26/8/1933 à Casablanca
1952/1953 : 15e BCA en Autriche
1953/1954 : 14e BCA à la frontière algéro-tunisienne
Première voiture MG TC en 1955
Licence de pilote d’avion 1er et 2 février 1956
Marié depuis 1969 avec Gisèle et père de deux enfants
Compétition automobile au Maroc de 1968 à 1977
Champion du Maroc F3 1970 et 1971
Champion du Maroc G5 1976 et 1977
Compétition automobile en Europe 1979 à 1980
Douze épreuves d’endurance de six heures sur BMW Silhouette avec Charles
Geeraerts : circuits de Dijon, Brand Hatch, Zolder, Mugello, Silverstone et
Vallelunga
Découverte du surf en 1981, sport qu’il pratique encore aujourd’hui
DG de l’entreprise familiale Etablissements L.Berenger de 1960 à 2007
Pratique régulièrement la moto depuis 1956 à ce jour, toujours avec des sportives
et supersportives : roule aujourd’hui en Honda CBR 1000 Repsol et la Kawasaki
ZX 10R.

Quels résultats avez-vous réalisés en compétition ?

Pour ma première année, la récolte fut bonne, avec une dixième place en championnat de France et quelques performances remarquées en Europe. Toutefois, ma meilleure saison a été incontestablement celle de1987, où je me suis retrouvé à huit reprises en première et deuxième ligne en qualification sur un plateau composé de nombreux futurs pilotes de F1 tels qu’ Alesi, Bernard, Comas et beaucoup d’autres dans le championnat européen. Avec des pilotes aussi doués, les courses étaient très disputées, mais le décès du président créateur d’Adidas (mon principal sponsor ) et une OPA de Rhin Rhône Énergie par Bolloré a mis fin à mes espoirs de devenir un jour pilote F1, alors que plusieurs tests étaient prévus en F3000. J’ai perdu en quelques semaines l’indispensable manne financière qui m’aurait peut être permis de réaliser mon rêve d’enfance. J’ai fait donc contre mauvaise fortune bon coeur et je me suis tourné après quatre années de monoplace vers le tourisme et sa coupe Porsche. Après, j’ai cédé aux sirènes de la course sur glace et au terme de dix années au trophée Andros, j’ai réussi à glaner plusieurs distinctions, notamment un titre promotion, deux victoires au stade de France et celui de vice-champion Élite, qui m’ont ouvert les portes de constructeurs (KIA, Opel et Renault) pour lesquels j’ai conduit pendant 6 ans, avec d’ex-pilotes F1 comme Panis, Lagorce, Prost et Villeneuve.

Comment êtes-vous passé de la compétition à l’événementiel ?

Très tôt, j’ai pris en charge les «à côtés» de mon métier de pilote, c’est à dire l’organisation de tous les déplacements partenaires, la fabrication de lignes de vêtements et les incentives tournées vers les sports mécaniques. J’utilisais donc mon temps libre à mettre en place des voyages pour mes partenaires, puis pour des clients séduits par cette démarche. J’ai donc créé le plus gros centre de sport mécanique en 1990 à côté de Paris, que j’ai dirigé durant dix ans.

Avez-vous un intérêt ancien pour le Rallye Classic du Maroc ?

Assez bizarrement, les voitures modernes, à l’exception de voitures de course, ont cessé de m’intéresser assez rapidement, au profit de véhicules anciens. Cependant, je dois avouer que je ne connaissais pas cette épreuve en dehors de ce que Vincent Repoux, l’un de mes amis très proche de l’épreuve et surtout de la famille Rageys m’en disait.

Qu’est-ce qui vous a poussé à vous embarquer dans l’aventure du Rallye Classic, après le décès de Rageys ?

Ce même Vincent Repoux, lors d’un dîner à Paris en a été à l’origine. L’idée m’est venue lorsqu’il a entrepris de trouver un successeur afin d’assurer la pérennité de cette épreuve, à laquelle il tenait beaucoup. Je trouvais que c’était une formidable opportunité de mixer l’évènementiel et mon intérêt pour les voitures anciennes et d’ajouter à Anome (écurie de course pour Peugeot sport et d’autres championnats) une spécialité passionnante, du fait de ma passion pour certains types de véhicules classiques. Le contact avec ces concurrents peut aussi aboutir à leur faire connaître un évènement que nous souhaitons organiser en novembre et que nous présenterons à Rétromobile, début février.

Quelles sont les nouveautés que vous avez apportées à ce rallye ?

Le démarrage a été laborieux. Ainsi, la première année a été compliquée, car la cession s’est révélée quelque peu chaotique, du fait des circonstances un peu spéciales liées à la mort de Rageys. Le simple fait de reprendre l’équipe passée et de mettre Puce aux commandes de la partie hospitality et Vincent aux manettes de la direction de course m’a permis de voir quels domaines étaient perfectibles. Toutefois, j’estime que l’évolution la plus importante a été l’externalisation du chronométrage auprès de Blunik, car de nombreuses imperfections dans ce domaine avaient été signalées. Je tenais impérativement à ce qu’une certaine exactitude soit mise en place, afin de faire revenir certains concurrents déçus.

La prochaine édition verra son départ du Morocco mall, afin de mettre davantage en évidence les contributions de nos partenaires fidèles. L’intérêt est d’aller vers ce public nouveau, en lui donnant la possibilité de découvrir ces automobiles d’un autre temps. Je n’ai pas la prétention de vouloir révolutionner cet évènement, qui fonctionnait plutôt bien avant moi, mais plus d’y ajouter des touches successives, grâce à de nouveaux partenaires comme Fujifilm, qui met à notre disposition des appareils numériques pour un concours photo inédit. Nous faisons le maximum pour préserver l’atmosphère qui fait le charme de ce rallye, ainsi que la magie de la bienveillance des concurrents, deux ingrédients indispensables au bon fonctionnement de ce rallye. Toute l’équipe est très motivée pour que cette édition toute particulière soit un succès, en cette période économiquement morose. Le Maroc est un pays magnifique ! Sa population nous accueille avec beaucoup de joie, son climat est extraordinaire et l’évolution de son réseau routier nous laisse espérer des parcours de plus en plus surprenants. L’accompagnement de Son Altesse le prince Moulay Rachid est surtout une formidable caution pour assurer la pérennité de notre organisation.

Je suis donc très optimiste sur la façon dont cette épreuve peut évoluer au fil des années, mais aussi conscient qu’il nous faudra continuer à faire preuve de créativité pour réussir le challenge de surprendre, rassurer et séduire un nouveau public. C’est une tâche qui est loin d’être aisée, dans un contexte marqué par un nombre grandissant de nouvelles épreuves.

Pouvez-vous nous donner des infos sur l’itinéraire et les équipages qui participeront à l’édition 2013 ?

Comme d’habitude, nous aurons environ 50 équipages européens et 15 marocains parmi les plus fidèles, comme Jalil Nekmouche et Rafik Lahlou, qui sont des leaders d’opinion extraordinaires pour le rallye. L’an passé, Jean-Pierre Jabouille était venu suivre l’ensemble de l’épreuve. Je ne suis pas certain que ceci ait été une plus value et source de satisfaction pour les concurrents, malgré toute la gentillesse de Jean- Pierre. Les participants ne sont pas à la recherche de «stars», mais plutôt de rencontres intéressantes ou de presse spécialisée, car ils sont toujours heureux de voir leur magnifique voiture exposée dans des magazines de référence.

Cette année, M6 devrait faire le début du rallye, en utilisant comme plateau un véhicule à l’essai, ainsi que le spider 98 Renault qui, faute d’avoir connu le succès lors de sa sortie, connaît maintenant un second souffle. Le Figaro est également un partenaire presse important et l’essai d’une PGO sera réalisé dans le magazine. Par ailleurs, Jean-Charles Redele devrait être parmi nous avec sa Berlinette A110, ainsi qu’un autre exemplaire de ce modèle champion de France, aux mains d’un riche collectionneur. L’itinéraire sera «plein sud», avec un départ de Casablanca pour Essaouira puis Marrakech avant de filer vers Ouarzazate pour visiter Erfoud et les magnifiques routes de cette superbe région.

Que pouvez-vous nous dire sur la manche marocaine du WTCC ?

Je salue chaleureusement la prouesse des promoteurs de cet événement, qui ont réussi à organiser l’une des manches de l’un des trois championnats du monde automobiles au Maroc. J’ai eu l’occasion de finir deux fois second de la première visite de cette série à Marrakech et je garde un souvenir fort de ce circuit rapide et étroit, sans dégagement et principalement constitué de chicanes toutes un peu différentes. Le fait que cette course s’installe pour trois ans au Maroc constituera j’espère un tremplin pour la création d’un circuit permanent à Casablanca ou ailleurs dans le Royaume.

C’est à cette seule condition qu’un organisateur pourra se déclarer et monter de vrais meetings d’envergure. Je reste un peu surpris de voir autant de personnages motivés par la course automobile, sans véritable volonté au plus haut niveau de la Fédération pour faire aboutir un tel projet économique. Je suis sûr que beaucoup d’équipes européennes seraient motivées par des tests d’hiver ou de développement comme l’Espagne l’a si bien intégré. La mise en place d’un championnat sérieux est tributaire de la réalisation de ce projet prochainement.

Quel regard portez-vous sur le sport automobile au Maroc ?

Pour les raisons que je viens de citer plus haut, les perspectives de développement du sport automobile au Maroc sont limitées, du fait de l’absence de structures solides, à l’exception de Marrakech Grand prix. Cette discipline sportive ne prospérera dans le royaume chérifien qu’en construisant des infrastructures adaptées ou en s’exportant en Espagne ou en France, par le biais d’une collaboration entre des promoteurs de championnats. En parallèle, j’ai du mal à identifier clairement la capacité des uns et des autres à investir du temps et de l’argent dans cette discipline.

Quelles sont parmi les voitures anciennes ou modernes celles qui vous fascinent le plus ?

Nous avons chaque année un stand dans cet incontournable salon qu’est Rétromobile. Cette importante messe de l’automobile est pour moi une occasion de redécouvrir des modèles qui me font rêver. Je suis plutôt attiré par les autos des années 70 et considère indispensable d’avoir un gros moteur et des freins «modernes», afin de profiter pleinement et régulièrement d’un véhicule. Mon attirance pour ces modèles porte principalement sur les coupés et cabriolets. Les voitures contemporaines ne m’intéressent plus, compte tenu des restrictions de vitesse et de l’ambiance de suspicion permanente de la part des forces de l’ordre. Pour autant, je suis assez d’accord sur ces contraintes de vitesse et je consacre dorénavant mon temps de pilotage sur les circuits au volant de voitures de course.

Quels sont vos hobbies ?

En dehors de l’automobile, je suis très porté sur le ski nautique en slalom, qui est devenu une passion et presque un thème de voyages. Le tennis fait aussi partie de mes activités sportives de toujours, tout comme la moto tout-terrain, que je pratique avec mon fils Dimitri. Il est vrai que je n’ai pas un grand talent pour tous les sports que je pratique à un niveau somme toute correct mais je prends un plaisir certain à m’appliquer techniquement pour continuer à rester performant.

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