12 ans de bons et loyaux services chez Lamborghini, durant lesquels la marque a connu un essor fulgurant sur le plan du design, nous a accordé une rencontre au cours de laquelle il a su nous transmettre sa passion, dans chaque mot prononcé. Ingénieur en génie mécanique, Filippo Perini a finalement intégré le monde de l’automobile en tant que designer. Faisant ses armes chez Alfa Romeo, il a connu Walter de Silva, qui l’a pris sous son aile et qui a été présent dans chacune de ses étapes professionnelles. Une fois qu’il a intégré le groupe Volkswagen, il n’a cessé de grimper les échelons, jusqu’à prendre la tête du design de Lamborghini. C’est à ce moment-là que le public a pu réellement apprécier son travail. Aujourd’hui l’Italien est le directeur de la division > de style d’Italdesign, qui travaille aussi bien pour les marques du groupe que pour des marques externes, qui font appel à ses services.

À quel âge vous avez découvert votre passion pour le monde automobile ?

Quand j’étais enfant, j’étais vraiment attiré par les voitures et je demandais toujours à mes parents de m’acheter seulement des voitures. Je ne voulais pas d’autres jouets. J’étais attiré par les moteurs et tout ce qui concernait de près ou de loin le monde des 4 roues. J’étais tout le temps en train d’imiter le bruit des moteurs et j’étais capable de reconnaȋtre les modèles uniquement par le bruit des moteurs. J’avais de miniatures 1/43. Je les collectionnais, mais en fin de compte, je les détruisais, parce que je les utilisais, mais heureusement, ma mère en a pu sauver quelques unes, qui sont encore aujourd’hui dans mon bureau. En fait, c’est quand j’avais 4 ans que j’ai commencé à faire des modifications, parce que je n’étais jamais satisfait du design.

Comment ont été vos débuts dans le design automobile ?

Nous avions fait une visite au centre de design d’Alfa Romeo. Le coordinateur de l’équipe estudiantine nous a offert de faire le projet final pour avoir notre diplôme à l’université. Un de mes collègues a refusé, alors que moi, j’ai bien évidemment profité de l’occasion et cela a été le début de ma carrière. Après, j’ai rencontré Walter Da Silva et j’ai passé 2 ans en tant que stagiaire au sein de l’entreprise sans être rémunéré, en attendant d’être embauché, en 1996. Mais c’était intéressant, parce que, certes, j’avais déjà mon diplôme d’ingénieur en génie mécanique, mais je venais tout juste d’avoir celui de designer. J’essayais du coup de gagner un peu d’argent, en faisant du freelance. Je travaillais le soir pour une autre entreprise, ce qui m’a permis de toucher un peu à tout et de surtout ouvrir mon esprit à de nouvelles propositions. Cette expérience m’a permis de me rendre compte qu’il était aussi possible de survivre sans les voitures dans le parcours professionnel et que si on n’ouvrait pas son esprit, on serait pris au piège, quant au design.

Avec la vie qu’on mène c’est compliqué pour nous d’avoir le temps de nous inspirer et de développer notre créativité. Parce que plus on a de responsabilités, plus on est amenés à avoir des réunions que ce soit avec les équipes de management ou de design et c’est épuisant. En fin de compte, vous êtes plus dans un rôle de management et supervision et vous n’accomplissez pas votre mission réelle, qui est le design. Pour mon poste, c’est quelque chose que je dois faire, mais je ne vous cache pas que j’aime aussi soumettre ma proposition quand nous commençons un nouveau design, parce que cela me permet de bien connaȋtre le projet et surtout de découvrir si quelqu’un le fait mieux que moi. Vous savez, la complexité des projets et des entreprises fait en sorte que le travail soit en équipe, il est impossible que ce soit une personne qui fasse le design de A à Z. Le travail en équipe permet d’avoir une vision globale et un regard nouveau sur les choses.Pour moi c’est la meilleure façon de travailler, puisqu’on est dans le partage. C’est pour cette raison que nous sommes en train de restructurer cette entreprise. Au lieu d’avoir une seule grande équipe de design, je préfère avoir plusieurs groupes restreints qui soient capables de prendre en charge différents projets à proposer aux entreprises externes. Et cela marche vraiment, puisque les gens s’impliquent davantage et sentent qu’ils font partie intégrante de ce projet. Vos premiers pas dans le design, c’était chez Alfa Romeo. C’était un choix ou une pure coïncidence ? J’ai toujours été attiré par Alfa Romeo. Depuis mon plus jeune âge, je suivais les mules et j’essayais de les rattraper. Quand les voitures s’arrêtaient, on parlait avec les techniciens. Cette passion pour les italiennes, je l’ai héritée de mon père, il faut dire était un vrai fan de Lancia et la première voiture que j’ai conduit c’était une Beta. Mon père en était vraiment fou. Il avait une Lancia Flavia Coupé velvet, c’est la 2e voiture que j’ai conduite.

Comment était votre conception du design à votre arrivée chez Alfa Romeo ?

C’était vraiment une belle expérience. J’étais encore étudiant, j’ai commencé chez eux en tant que stagiaire et j’apportais ce sang neuf que recherchait la marque à ce moment-là. Je n’étais pas encore designer, mais j’avais l’opportunité de travailler avec une équipe de gens talentueux avec à leur tête Walter Da Silva. J’ai beaucoup appris de cette expérience. Vous savez , à l’école, on vous donne la base pour faire un design, mais c’est réellement sur le terrain que l’on apprend à le faire. J’ai passé 9 ans au design studio. J’ai notamment travaillé sur la fameuse 1966, j’avais commencé par une one-off parce que j’étais toujours en train de demander la chance de faire un design complet d’un cabriolet. J’ai également travaillé sur une version barquette de la GTV. Après cela, j’ai fait le restyling de la GTV Spyder. Par la suite, j’ai aussi participé au design de la 156. J’ai également été impliqué dans le dessin de la 147. J’avais collaboré notamment avec Wolfgang Egger, qui était responsable du projet. J’ai eu l’occasion de travailler avec lui à plusieurs reprises et pour la 147, j’ai fait plusieurs designs, que ce soit la partie avant ou arrière. C’était très inspirant. Après avoir lancé la 147, nous avons présenté la Nuvola Concept, qui a réellement créé la surprise à ce moment-là et qui continue de faire parler d’elle aujourd’hui encore. C’était un très beau concept, que nous avons cédé par la suite à Seat. À ce moment-là, j’étais sur 3 projets, le Spider, la Sportiva et la 159. J’ai pu suivre le développement step by step de la Sportiva, pour donner naissance à la 8C Competizione. Mais c’est à ce moment-là que le climat au sein de l’entreprise n’était plus aussi favorable et Walter Da Silva m’avait déjà proposé de le rejoindre chez Audi et j’ai donc décidé de le suivre. Et c’était un très bon choix, puisque dès mon arrivée, j’ai été impliqué dans des projets intéressants.

Parlez-nous de votre passage chez Audi

À peine arrivé, j’ai fait une proposition pour la A5 Coupé. Je pouvais dessiner un nouveau concept. Da Silva m’a donc proposé de rejoindre l’équipe de Luc Donckerwolke, au design center de Lamborghini, avec lequel j’ai travaillé pendant 2 ans. Je me suis beaucoup amusé, notamment avec le restyling de la Murcielago, la Gallardo, la Superleggera. Tout en étant chez Lamborghini, nous faisions également des propositions pour les autres marques du groupe VW, notamment la Audi A8, différents modèles de Seat, mais aussi Volkswagen, avec la Polo. C’était une belle époque, puisque nous travaillions sur des projets tellement différents. C’était enrichissant. En 2004, je travaillais pour Lamborghini, tout en étant chez Audi. Ce n’est qu’en 2005 que j’ai rejoint Lamborghini en Italie, avec Luc qui était mon boss. En 2007 quand il est parti pour Seat, j’ai pris la tête du Design Lamborghini.

Quel modèle de Lamborghini considérez-vous comme votre plus belle oeuvre ?

Celle qui aura toujours une place spéciale pour moi, c’est sans doute l’Aventador. Car ce projet a été mis au point par une équipe très réduite. C’était vraiment une innovation au niveau du design et pas seulement pour Lamborghini. Avant le lancement de l’Aventador, nous avions présenté le Facelift de la Murcielago et les ventes ont tout de suite explosé. Les ventes ont quasiment doublé. Nous sommes passés de 250 à 500 exemplaires vendus par an, c’était vraiment incroyable. Alors forcément, pour l’Aventador, il fallait faire mieux. Et dites-vous que nous travaillions pour une marque dont chaque modèle se transformait luimême en sous-marque. Si nous parlons par exemple de la 250 SWB, seuls les connaisseurs savent de quel modèle de Ferrari il s’agit. Mais par contre, quand nous parlons de Miura, Countach ou Diablo, les gens ont tout de suite une image en tête. Ce ne sont pas seulement des voitures, ce sont des icônes. Du coup, c’était vraiment stressant. J’étais tout seul à la tête du design. Bien évidemment, il y avait Walter à la tête du groupe et il fallait lui présenter un nouveau projet qui donnerait naissance à une autre icȏne au sein de la marque. Et c’est là que je me suis rendu compte que le seul moyen de se distinguer et de survivre, c’était de s’amuser, et c’est ce que nous avons fait. Au départ il y avait un concours avec Seat, toujours dirigée par Luc, Italdesign, Design Studio de Munich et mon équipe, qui était composée de 4 personnes à peine. Personne ne croyait en nous. D’autant plus qu’au même moment, nous travaillions sur la Reventon Roadster en premier lieu. Le deal, c’était de nous laisser prendre en charge la partie design et de faire appel à un département externe pour la production. Alors que notre proposition était prête, nous avons décidé juste avant la présentation de la modifier, pour avoir un résultat complètement différent. En à peine 2 semaines et demi, nous avons pu avoir un modèle complètement nouveau. J’ai montré le modèle à Walter avant la présentation et il n’en revenait pas. C’est donc ainsi que nous avons remporté le concours.Après, pour la dernière présentation nous nous sommes rendus en Afrique du Sud en plein désert. C’était comme aller voir les OVNI et au milieu il y avait un camion transportant l’Aventador et Walter Da Silva dès qu’il a vu la voiture il ne pouvait plus arrêter de dire «Mais qu’est ce que c’est que ça ?». En l’espace d’un instant, le paysage est devenu futuriste.

Comment avez-vous vécu la transition entre un constructeur généraliste comme Alfa Romeo et une marque qui fait des supercars, telle que Lamborghini? Quelle était la difficulté ?

Pour dire vrai, je n’ai pas eu de problèmes sur ce plan là, vu que les deux marques sont italiennes. Je dois dire que Chez Alfa Romeo, on m’a appris à parler de façon très technique et avec mon acquis, dès mes débuts chez Lamborghini, j’ai commencé à utiliser ces outils et à pousser mon équipe à créer de nouveaux projets et la marque a immédiatement réagi, grâce au savoir-faire en matière de fabrication de matériaux composites et de la création de nouveaux châssis, notamment.

Comment a été votre relation avec Walter Da Silva ?

Elle est juste incroyable. Cela fait maintenant plus de 10 ans que je travaille avec lui. Si j’ai commencé dans le monde du design, c’est grâce à lui. C’est lui qui m’a proposé de faire mon projet de fin d’études au sein d’Alfa Romeo, mais petit à petit, comme j’étais un des plus jeunes du centre de design, il a commencé à m’impliquer dans des projets pour travailler avec lui. Il me disait souvent qu’il était content de mon attitude toujours à la recherche de quelque chose de nouveau. Quand il est parti de chez Alfa Romeo il m’a proposé de le rejoindre mais je ne me sentais pas encore prêt, mais à la deuxième reprise quand il a repris contact avec moi, je n’ai pas hésité une seconde. Je devais juste finir la 8C Competizione, dont j’étais responsable.

De vos réalisations, quel supercar aimez-vous le plus ?

Pour moi, c’est sans conteste la Sesto Elemento, car j’ai travaillé sur tous les aspects, que ce soit le design extérieur ou intérieur. C’était réellement un projet complexe. Pour moi c’est une des meilleures voitures sur le marché. Après Lamborghini, vous avez pris la tête de la division de style d’Italdesign, en remplacement de Giugiaro. C’est vraiment une grande responsabilité. Bien évidemment, c’est une grande responsabilité pour moi et surtout un devoir de respecter tout ce qu’il a fait. C’est l’un des meilleurs designers au monde. Il a été à l’origine de nombre de chefs-d’oeuvre. En prenant ce poste, j’étais moins stressé, parce que le plan c’était de rester là avec Walter, un autre maître du design et de travailler avec lui, mais quand il a pris sa retraite, c’est moi qui suis resté aux commandes. Mais j’essaie de ne pas y penser tous les jours, c’est exactement ce que j’ai fait quand je suis devenu responsable du design chez Lamborghini. Parce que croyez-moi, que l’on vous demande de faire mieux que Giugiaro, Bertone ou encore Zagato, c’est vraiment difficile. Chaque voiture devient une icône et chaque projet est un test. Faire quelque chose de bien, ce n’est jamais assez dans ce monde. Il faut constamment se surpasser. C’est ce que j’essaie de faire chez Italdesign, faire de mon mieux pour contrôler cette entreprise, qui avait besoin d’une restructuration et le département du design encore plus. Mais aujourd’hui, il va de mieux en mieux. C’est maintenant que je commence vraiment à m’amuser. Pour moi, c’est ma principale motivation. Et nos efforts commencent à payer, puisque nous sommes en train de travailler sur différents projets pour des entreprises externes, pas seulement pour les marques du groupe. C’est toujours un challenge pour nous.

Et si nous parlions un peu de vos projets futurs ?

Mon principal objectif en ce moment, c’est de respecter l’histoire de cette entreprise. Nous avons beaucoup de projets en cours et notre but est de maintenir à nos clients satisfaits.

Quels modèles, toutes marques confondues, vous font rêver ?

Il y a beaucoup de modèles, à vrai dire, dont certains que je ne peux pas me permettre, parce qu’ils sont très chers. J’adore la Miura, l’Alfa Romeo TZ3 Stradale, la Ford GT 40. Je ne sais pas qui en est le designer mais je l’aime beaucoup. Il y a aussi la Jaguar E-Type et bien évidemment la Lancia Stratos, la Giulia GT Bertone dessinée par Giugiaro. Aujourd’hui, j’aime bien aussi la Lotus Seven, que je me suis d’ailleurs achetée. Cette voiture n’a tout simplement pas de design.

Quelles voitures avez-vous dans votre garage ?

J’ai la Caterham Seven, l’Alfa Romeo Duetto Spider, la GT40 et j’ai l’Audi A6 All Road que je conduis au quotidien. Je fais plus de 300 km par jour .

Avez-vous d’autres hobbies ?

J’aime beaucoup nager, je faisais de la plongée quand j’avais du temps. Et je fais beaucoup de karting avec mes enfants aujourd’hui.

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